Une fois que j’ai abandonné toute prétention à faire prolonger mon visa, et décidé de faire l’aller-retour en France pour revenir comme simple touriste (ceux dont on prend les empreintes à l’entrée), tous mes problèmes ont été réglés en 3 clics: un pour la chambre, 2 pour le billet d’avion.
Archive de la catégorie «Martine a loupé son test ADN»
L’aventure du visa (épilogue)
mars 5, 2008Message subliminal
février 28, 2008Quelque part entre l’expédition à Shinjuku et celle à Shinagawa, je suis amenée à m’interroger sur l’emplacement des bureaux d’immigration:
-Tachikawa: au milieu de nulle part
-Shinjuku: quartier des homosexuels / Coréens
-Shinagawa: à côté du centre de traitement des déchets
N’y aurait-il pas dans tout cela comme un message??
Ou du moins, un effort très louable du gouvernement japonais pour offrir une véritable expérience de terrain aux gaijin lecteurs d’Erving Goffman qui souhaitent s’interroger sur la notion de catégorie marginale et la possibilité d’appartenir à plusieurs en même temps?
Histoire de verbaliser cette prise de conscience et d’optimiser l’adéquation de l’accueil au profil des immigrants, je propose donc que tous les étrangers arrivant au Japon soient soumis au questionnaire suivant:
A quelle(s) catégorie(s) appartenez-vous (plusieurs réponses possibles)?
-Gaijin
-Femme
-Homosexuel
-Coréen
-Déchet nucléaire
Le questionnaire devra être rempli une première fois à l’arrivée sur le sol japonais, et une deuxième fois au départ. On procédera ensuite à une très instructive peréquation entre les deux séries de réponses.
Le bureau d’immigration à Shinagawa
février 28, 2008C’est tout d’abord l’occasion de découvrir la gare de Shinagawa, qui mérite certainement le détour: encore plus prise de tête que Shinjuku, elle offre cette particularité architecturale d’être un courant d’air avec des murs autour. Visiblement, les architectes ont beaucoup réfléchi pour que les parois canalisent et amplifient le vent glacé de janvier au lieu de l’arrêter.
Pour le trajet, la dame au bureau de Shinjuku m’avait prévenue: “Vous verrez, il y a beaucoup d’étrangers, vous ne pouvez pas vous tromper, il suffit de suivre les autres”. Effectivement, dans le bus pour Ellis Island, pas de doute, nous sommes entre nous.
Et avec Shinagawa, on entre dans une autre dimension. Non seulement il existe cette navette spéciale, mais le centre est une véritable ville dans la ville. Des bureaux pour tous les cas possibles et imaginables. Un restaurant. Une supérette. Une aire de jeux pour les enfants. Le parloir où les détenus en instance d’expulsion peuvent recevoir de la visite (je vous donnerai l’adresse en cas de besoin).
Devant le bâtiment, blanches, fragiles, à peine écloses dans le froid mordant, les toutes premières fleurs de pruniers.
Kabuki-2-chôme
février 20, 2008Il y a 15 jours, j’ai passé l’après-midi à Kabuki-2-chôme, mais ce n’est pas ce que vous croyez, et d’ailleurs je peux tout expliquer.
Expliquer peut-être en premier lieu ce qu’est Kabuki-2-chôme, qui n’a rien à voir avec le théâtre du même nom. Il s’agit d’un quartier de Shinjuku où échouent tous ceux que la société japonaise adore: les homosexuels, les Coréens, et les gaijin en mal de visa comme moi.
Ayant raté ma chance au sauna il y a un an, j’aurais pu découvrir l’île aux plaisirs interdits, en fait de quoi j’ai passé des heures à errer sous des trombes de neige dans un enfer labyrinthique semé de panneaux contradictoires, à la recherche du bâtiment bien entendu situé au fin fond d’un obscur pâté de maison entre 2 terrains vagues.
Une fois arrivée sur place commença l’enfer des je-ne-sais-plus-quoi, enfin, vous savez, celui du bouddhisme tibétain où on a l’estomac de la taille d’une montagne et le gosier grand comme le chas d’une aiguille. Du marbre, des fontaines, des boutiques, des restaurants–qui aurait pu soupçonner tout ça de l’extérieur? Sauf que c’est bien justement là où j’ai envie d’être, ou mieux encore, dans le spa, celui que l’on voit sur les photos, avec son jacuzzi et ses palmiers en plastique. Et pas du tout au 8e étage, dans le bureau d’accueil pour étrangers.
L’objectivité m’oblige toutefois à reconnaître que, dans le cas de Shinjuku, le terme “bureau d’accueil” n’est pas volé. C’est tout petit, mais l’ambiance est familiale, chaleureuse, avec possibilité de conseils en plusieurs langues y compris l’anglais. Malgré tout, ils ne peuvent pas m’en dire plus qu’à Tachikawa, si ce n’est me donner le plan pour aller au grand centre d’immigration de Shinagawa.
Pour me consoler, j’aurai finalement commis à Kabuki-2-chôme le péché de chair en pensée, en parole et, sinon en action, du moins par omission. Parce qu’avec tous ces restaurants coréens, je suis entourée d’affiches de viande rouge, saignante, grillée juste à point. Je siffle, je trépigne et j’ai les yeux qui jaillissent des orbites, comme le loup de Tex Avery.
Les services d’immigration 1: Tachikawa
février 15, 2008Histoire de refléter au plus juste ma réalité quotidienne du moment, j’ai décidé de consacrer une série de post aux services d’immigration, dans lesquels je passe le plus clair de mon temps pour essayer d’obtenir la conversion de mon visa étudiant en visa de court séjour, ce qui m’éviterait un aller-retour vers la France (si je n’obtiens pas la prolongation, je dois rentrer en France, puis revenir avec un visa de tourisme).
A tout seigneur, tout honneur, je commence par celui de Tachikawa, le premier que j’ai visité dans l’ordre chronologique. Comme indiqué dans un précédent post, il faut déjà y parvenir. Une fois sur place, ambiance glauque. Chacun remplit ses formulaires, puis retourne attendre, toujours vaguement stressé, de savoir si sa requête sera ou non acceptée.
Un film sur les nouvelles mesures d’immigration passe en boucle et en plusieurs langues: lorsque vous arrivez au Japon, on prend désormais vos empreintes digitales et votre photo de face, avant de vous soumettre à un bref entretien sur les raisons de votre séjour. Comme il est bien signalé dans le film, tout refus de se soumettre à ces procédures entraîne automatiquement l’interdiction de pénétrer sur le territoire japonais. Seuls sont exemptés de cette formalité les enfants de moins de 16 ans et les résidents permanents bénéficiant d’un statut exceptionnel (diplomates, etc…). Les amputés des deux mains, eux, sont tenus de s’exécuter.
Histoire que le message soit bien clair, une affiche au mur vient rappeler toutes les gentillesses qui attendent les immigrants en situation irrégulière, lesquels seront immédiatement remplis de poivre rouge par tous les orifices et remis dans le premier avion pour leur pays d’origine avec interdiction de revenir.
Je ne décolle guère les yeux de cette affiche pendant les 20 mn où l’employée qui m’a reçue part conférer avec un de ses collègues (ma carte de séjour entre les mains). Le collègue en question me fait ensuite appeler: “J’aimerais que vous me répétiez votre histoire : quel est votre sujet de recherche? Et ce bureau pour lequel vous allez travailler, de quelle institution s’agit-il exactement? Vous allez percevoir un salaire? Une bourse? De quel montant?”
Au terme de l’entretien, il semble certes (enfin) convaincu que je ne suis pas la nouvelle Mata Hari, mais ne peux guère m’en dire plus sur les démarches à effectuer, et me conseille de téléphoner à un autre centre. De mon côté, dès que j’ai récupéré ma carte de séjour, je ne demande pas mon reste et je m’enfuis en courant.