Après le panneau “attention à la marche” …
Je déchiffre, sur un pot de jelly, l’avertissement suivant, rédigé avec grand luxe de kanji et sans la moindre traduction: “Attention à bien mastiquer, risque d’étouffement”.
Après le panneau “attention à la marche” …
Je déchiffre, sur un pot de jelly, l’avertissement suivant, rédigé avec grand luxe de kanji et sans la moindre traduction: “Attention à bien mastiquer, risque d’étouffement”.
Pendant longtemps, j’ai considéré, comme Marie dans son blog, que la machine à laver était le trou noir de la technologie japonaise. Surtout quand j’ai vu des pubs qui vantaient — attention les yeux — les mérites d’une machine révolutionnaire avec le tambour qui BOUGE. Il faut être compréhensive, me suis-je dit, il ne peuvent pas réinventer le parapluie tous les jours.
Et puis, petit à petit, j’ai atteint l’éveil. Première étape de l’initiation: se défaire du préjugé occidental selon lequel le linge doit ressortir plus propre qu’il n’est entré. A partir de là, on comprend que la machine japonaise:
-vous fait gagner du temps (grâce à son cycle de 31 mn).
-vous simplifie la vie (plus besoin de trier les couleurs et les textiles, tout sera lavé à l’eau tiédasse et immanquablement rétréci. Par contre, l’expérience montre que les vêtements déteignent et boulochent finalement assez peu).
-vous évite la malédiction de la chaussette oubliée. En France, il suffit de lancer une machine pour se rendre compte qu’on a oublié soit une chaussette, soit le T-shirt-dont-on-a-absolument-besoin-pour-demain. Et là, impossible de revenir en arrière. Alors qu’au Japon, c’est tout simple, il suffit de soulever le couvercle de la lessiveuse électrique, et hop, l’oubli est réparé.
-surtout, en y réfléchissant, on comprend que les Japonais ont apporté au monde cette invention unique: la machine qui lave autour des taches.
Je ne peux qu’admirer le foisonnement des panneaux de type “Attention à la marche”, “Sol glissant”, “Escalier vertigineux” ou “Précipice droit devant”, sans le moindre pictogramme ni la moindre traduction. Quiconque ne parle pas japonais est immédiatement puni par où il a péché.
Le colloque est la seule activité humaine qui soit véritablement contre nature. Nos amies les bêtes se livrent des guerres sans merci, bouffent les plus faibles, abandonnent leurs enfants quand ils ne sont pas à la hauteur, pratiquent l’homosexualité (parfois) et la zoophilie (souvent). Mais on n’a jamais, à ma connaissance, vu une quelconque espèce animale organiser des journées d’étude.
Assister à un colloque en japonais n’est pas seulement contre nature, c’est du masochisme délibéré. 6h et plus à rester enfermé dans une salle généralement aveugle, à écouter un flot de paroles dont vous ne comprenez qu’un mot sur 20, même le réalisateur d’Orange mécanique n’y avait pas pensé.
Lorsque vous avez de la chance, les communicants utilisent Powerpoint avec une maestria qui fait de leur communication un véritable court-métrage. Pas besoin de parler japonais, vous comprendriez même en étant sourd et aveugle.
En revanche, dans les cas fréquents où vous n’avez pas de bol, on baisse les lumières, l’intervenant allume son ordinateur, et passe deux vagues diapos qui servent de toile de fond à 45 mn de débit monocorde.
Heureusement, l’étiquette ne vous oblige nullement à rester réveillé.
Maintenant que je fais mes premiers pas dans les hautes sphères de la calligraphie, je n’échappe pas au rituel échange de cartes de visites. Je rappelle le procédé:
La personne en face vous tend sa carte, que vous prenez à deux mains, pour la lire d’un air pénétré avant de lui tendre la vôtre, à deux mains également.
Sauf que j’ai beau y mettre du mien, répéter et m’entraîner devant la glace, je ne comprends toujours pas comment, en tenant la carte de son interlocuteur à deux mains, on fait pour sortir la sienne.
Faute de résoudre le problème, j’arrive du moins à le cerner: l’échange de cartes de visites est l’activité machiste par excellence. Ces messieurs ont tous des poches intérieures dans leur veston, et il leur suffit de 15 secondes et d’un minimum d’adresse pour stocker la carte reçue et sortir une des leurs. Mais le sexe faible doit ouvrir son sac d’une main, sortir sa carte de l’autre, tout en tenant celle de la personne concernée entre les dents.
D’où cette question cruciale pour la civilisation du Japon: qui, de la carte de visite ou de la figure de Kannon aux mille bras, a été inventée en premier?
Je tiens à signaler ici le blog de Marie, une consoeur — non Texane — qui a brillamment décrit la vie de la chercheuse au Japon, avec ses joies et ses peines, mais aussi ses peines et ses joies. Consultable à l’adresse suivante:
http://www.blogg.org/blog-9904.html
Le blog s’est malheureusement arrêté en 2005, mais son auteur est encore plus vache que moi (si, si Frédéric, c’est possible), et il y a une très bonne page sur le Yasukuni jinja, pour ceux qui n’ont pas eu leur dose aux Langues O.
S’il y a une rubrique que j’entends bien lui reprendre telle quelle, c’est celle intitulée “le truc qui vous rendra fou”.
Notre sélection du jour, la panne internet. Le grand rituel de début de semestre ici est la panne générale du serveur internet de l’université la semaine précédant la rentrée. Donc juste au moment où tout le monde doit contacter son directeur, consulter la liste des cours sur le site de la fac, et où les nouveaux entendent prévenir leur famille qu’ils sont bien arrivés.
Et voilà, en l’espace de 48h, c’est “2001 Odyssée de l’espace”.