Archive de la catégorie «Le retour en France c'est encore du Japon»

Les montres molles

décembre 9, 2008

Un autre effet du retour au pays est une curieuse distorsion du temps.

D’un côté, on se retrouve avec plein de jolies plages de liberté qui n’existaient pas avant. Déjà, toutes les journées sont systématiquement rallongées de 2h (celles qu’on ne passe pas dans les transports). Et puis il y a des week-ends, des soirées, allez, même une demi-journée grapillée par-ci par-là. Prodigieux.

Sauf qu’à sa grande stupéfaction, l’ex-pat’ (ou ex-expat’, je ne sais quelle est la formulation appropriée) voit lesdites plages grignotées, et même dévorées à pleines dents, par des pertes de temps auxquelles il n’est plus habitué.

A Tôkyô, tout le monde manque trop de temps pour pouvoir se permettre d’en perdre, et si les journées font 25h, chaque minute en est généralement exploitée avec la plus extrême rigueur.

Il est ainsi rarissime d’attendre quoi que ce soit plus de 3 mn.  Il y a des métros tout le temps, on ne fait pour ainsi dire jamais la queue (toujours 18 machines et 4 employés derrière le guichet), etc…

Du coup, le choc culturel au retour est rude. D’abord parce qu’à propos de guichets, où que j’aille, je n’en trouve jamais que la moitié d’ouverts. Les employés derrière, quand ils ne sont pas en grève, semblent tous borgnes de l’oeil gauches et manchots du bras droit. Et les clients devant ont une tendance à raconter leur vie qui ne m’avais jamais autant frappée que ces derniers mois.

Et surtout, il y a le coup de Jarnac de la machine qui tombe en panne. Impensable au Japon, où tout le service maitenance serait alors contraint au suicide rituel. Mais en France, c’est la panne elle-même qui constitue le rituel, et je ne compte plus le nombre de trains que j’ai ratés avant de comprendre qu’il FALLAIT intégrer à mon planning de voyage les 20 mn nécessaires pour changer de machine et/ou protester. Idem pour les photocopies, les retraits d’argent, bref, ça fait beaucoup de 20 mn à prévoir dans une journée qui, à rendement 2 fois moindre, finit par être à peine plus courte que sa consoeur au Japon.

Faudra que tu nous racontes

novembre 29, 2008

Une des contraintes oulipiennes de ce blog était, dans mon esprit, qu’il s’arrêterait à mon retour en France. Puisque, après tout, je n’aurais plus rien à y écrire.

Mais voilà, je me suis rapidement aperçue que ce n’est pas parce qu’on foule à nouveau le sol de la mère patrie qu’on est pour autant de retour. Ca, il n’y a que votre entourage pour le croire…

Voici, à titre d’illustration, un petit florilège de phrases entendues, qui vous donnent davantage l’impression d’avoir été projeté(e) sur la planète Mars que de rentrer au pays.

Statistiquement, la plus fréquente, surtout dans les 3 semaines suivant le retour, est “Faudra que tu nous racontes”. Comme si vous reveniez de 15 jours de vacances en Crète, et avec le net message subliminal: “Faudra que tu nous racontes PLUS TARD (parce que maintenant, tu es bien gentille mais tu ne vas pas nous saoûler”).

De toutes façons, le tout frais ex-gaijin n’a aucune envie de raconter, et dans mon cas, je n’ai jamais pu entendre cette phrase sans penser aux dernières pages d’Etre sans destin, et sans ressentir une forte envie d’assommer l’interlocuteur avec l’oeuvre en question, autant que lui-même m’assommait après tout avec la question tout court.

Et pour le reste, voici une liste dont mon instinct me dit qu’elle n’est pas exhaustive:

-”Alors, c’était bien ton séjour en Chine?”

-”Et au Japon, tu avais d’autres loisirs à part la calligraphie? Tu as essayé l’arrangement des fleurs?” (“Si je doooiiiiis tomber de l’(EFE)haut, que ma chute soit lon-on-ongue”).

-”Toi qui t’intéresses à l’estampe…” (c’est-à-dire que la calligraphie et l’estampe, euh, c’est-à-dire comment dire…).

-”Mais alors, tu parles japonais?” (là, la lucidité m’empêche d’affirmer ‘oui’ trop vite, mais quand même, pour demander le quai de la Saikyô-sen à Shinjuku, le peu que je maîtrise m’a semblé distinctement plus efficace que le swahili).