Archive de la catégorie «Le deuxième sexe»

Je me fais draguer

juillet 20, 2009

Par quelqu’un qui n’est même pas ivre, et qui n’est pas non plus un clochard unijambiste en manque désespéré (note de l’auteur: il faut au moins les trois à la fois pour qu’un Japonais flirte ouvertement avec une étrangère).

Non, non, il est grand, baraqué, plutôt beau gosse, avec des fossettes. Et il a du mérite, parce que je suis en tablier et plongée jusqu’aux coudes dans une bassine de fibres de mûrier. Ce qui, par la même occasion, m’empêche d’ailleurs de profiter de la situation comme il conviendrait…

Il me dit bonjour, rentre dans la boutique, ressort, me demande d’où je viens, rerentre, achète trois fois des cartes postales, reressort et me dit: “Votre visage m’est familier. Vous n’êtes pas passée à la télé?”

Jackpot. Glinglinglinglingling.

Je fonds, je rayonne, je me rengorge, je me pavane, et on m’entend roucouler jusqu’à Haijima. Ou plutôt, on m’entendrait, si je ne remarquais pas dans la foulée que cela fait 10 mn qu’il nous observe, ma co-stagiaire et moi, trimballer de lourdes bassines d’eau sans faire un geste pour aider.

Ô mignon mortel au charmant sourire, apprends à tes dépends que les Françaises sont des pestes féministes aux exigences perpétuellement inassouvies. Mais sois béni jusqu’à la 7e génération pour m’avoir fait, un très fugace instant, ressentir ce que peut être la situation des Occidentaux mâles dans ce pays. Et merci de m’avoir montré que, contrairement à ce que j’affirme fielleusement depuis octobre 2006, ça ne marche pas toujours dans le même sens.

Machistes jusqu’au bout

mars 25, 2008

A Matsuyama, le Lonely Planet vante un hôtel doté d’un onsen avec vue au 10e étage.  Ca vaut le coup non seulement de réserver mais de faire le voyage jusque là-bas. Pour s’apercevoir que le bain en question est celui des hommes. Les femmes, elles, doivent se contenter du 1er étage avec vitres dépolies.

Solidarité féminine (dans tes rêves)

mars 14, 2008

En France, on peut compter sur une certaine solidarité entre femmes pour compenser les injustices du milieu hétéropatriarcal ambiant. Au Japon, que dalle. Les femmes sont les premières à soutenir le système, et plus un homme est grand, blond (si possible), vieux et haut placé dans la hiérarchie, plus il est assuré d’un traitement de faveur. Cas d’école n°1: la Cité U -Le “Gustav-san, vos honorables lettres” VS “Tiens la grosse, ton courrier”. Je schématise un peu, mais à peine. -La femme de ménage. Au début, j’étais pleine de compassion. Elle habite loin, elle travaille dur, à un âge où le repos serait pourtant mérité. Et puis elle m’a saoulée à tel point que j’ai arrêté de prendre mon petit-déjeuner dans la cuisine commune, pour éviter d’être agressée dès le réveil. Re-et-puis j’ai découvert un beau jour qu’avec les garçons, elle n’était que risettes et roucoulis. -La directrice qui m’a expliqué qu’il était rigoureusement im-pos-sible que je sois hébergée après la fin de ma bourse, ce que je comprends tout à fait  et comprendrais sans doute encore mieux si elle n’avais pas proposé à Miroku-sama de revenir quand il voulait, un mois, deux, il n’y a qu’à dire, pas de problème. Cas d’école n°2: -L’administration [dans les cas où la saine innovation du numéro d'attente asexué n'est pas encore venue mettre fin aux querelles de genre]. Vous attendez depuis 5 bonnes minutes que l’employée s’occupe de vous lorsque survient un Homme, tempes grisonnantes, costume trois pièces. Résignez-vous, mes soeurs, c’est mathématique: il va être accueilli en premier, et au lieu de 5 mn, vous en attendrez 15, ça vous apprendra la vie.

Date limite de consommation

novembre 28, 2007

Les Japonais ont inventé la cérémonie du thé, l’art des bouquets et le haiku.

Ils ont aussi inventé un dicton qui dit qu’une fille de 26 ans qui cherche mari est comme une bûche de Noël: bradée à moitié prix parce que le 25 est passé et que plus personne n’en veut.

Vrai les mecs, ça fait plaisir de voir une civilisation tellement évoluée.

Le deuxième sexe

mai 12, 2007

La boursière qui arrive au Japon est immédiatement confrontée à l’injustice de la vie. Ses collègues masculins, à peine posé le pied sur le territoire, sont des stars. Les professeurs leur tapent dans le dos, les Japonaises se pâment à leurs pieds (la Japonaise ne demande en général aux hommes que deux choses, en plus d’une Mercedes: être grands et avoir les yeux bleus. C’est un miracle que ce peuple ait réussi à se perpétuer jusqu’à maintenant…).

Pour les femmes, c’est beaucoup moins drôle. La femme japonaise est le deuxième sexe, la femme occidentale n’existe pas, la femme occidentale qui fait de la calligraphie a un coefficient d’existence négatif.

Du coup, je me surprends à faire des choses dont, en digne fille des seventies et ancienne lectrice à l’université de Sussex, je rougis jusqu’à la racine des cheveux. Comme de m’arranger pour aller à un rendez-vous professionnel accompagnée d’un professeur masculin, parce que ça fait plus sérieux.

Heureusement que j’ai trouvé aide, réconfort et féminisme roboratif sur le site suivant:

http://www.liberation.fr/actualite/societe/246585.FR.php

Pas forcément très nuancé, mais qu’est-ce que ça fait du bien !!

Voter au Japon II

avril 27, 2007

Les journaux télévisés d’ici on parlé des élections en France, ce qui me vaut de nombreuses questions et quelques difficultés (“élection” et “président”, j’ai réussi à retenir, mais comment diantre dit-on “scrutin uninominal à deux tours”???).

Ségolène Royal, en particulier, suscite beaucoup de curiosité. J’ai tenté d’expliquer que sa candidature représentait une réelle innovation, mais qu’elle était pénalisée par la légèreté de son programme politique et un certain manque d’expérience, comparée à Sarkozy.

Stupéfaction: “Tu veux dire qu’elle a déja eu une expérience politique? Elle n’est pas femme au foyer??”