Par quelqu’un qui n’est même pas ivre, et qui n’est pas non plus un clochard unijambiste en manque désespéré (note de l’auteur: il faut au moins les trois à la fois pour qu’un Japonais flirte ouvertement avec une étrangère).
Non, non, il est grand, baraqué, plutôt beau gosse, avec des fossettes. Et il a du mérite, parce que je suis en tablier et plongée jusqu’aux coudes dans une bassine de fibres de mûrier. Ce qui, par la même occasion, m’empêche d’ailleurs de profiter de la situation comme il conviendrait…
Il me dit bonjour, rentre dans la boutique, ressort, me demande d’où je viens, rerentre, achète trois fois des cartes postales, reressort et me dit: “Votre visage m’est familier. Vous n’êtes pas passée à la télé?”
Jackpot. Glinglinglinglingling.
Je fonds, je rayonne, je me rengorge, je me pavane, et on m’entend roucouler jusqu’à Haijima. Ou plutôt, on m’entendrait, si je ne remarquais pas dans la foulée que cela fait 10 mn qu’il nous observe, ma co-stagiaire et moi, trimballer de lourdes bassines d’eau sans faire un geste pour aider.
Ô mignon mortel au charmant sourire, apprends à tes dépends que les Françaises sont des pestes féministes aux exigences perpétuellement inassouvies. Mais sois béni jusqu’à la 7e génération pour m’avoir fait, un très fugace instant, ressentir ce que peut être la situation des Occidentaux mâles dans ce pays. Et merci de m’avoir montré que, contrairement à ce que j’affirme fielleusement depuis octobre 2006, ça ne marche pas toujours dans le même sens.