Archive de la catégorie «La recherche de l'extrême»

Comment lire un article universitaire au Japon

juillet 23, 2009

L’auteur se doit, dès l’abord, de remercier l’honorable Professeur Schmulleschmu qui lui a permis de faire cette communication / proposer cet article.

Les lecteurs dont vous sollicitez l’avis commencent donc par regarder le nom de l’auteur (est-ce qu’il le connaît? Est-ce que, possiblement, ils ont fréquenté la même université? Qu’a-t-il fait depuis?), puis le nom du professeur remercié.

Ensuite de quoi, sans un regard pour le contenu, ils vous disent si l’article vaut la peine d’être lu ou pas.

Comment lire l’avenir dans le passé (2)

mars 8, 2009

Finalement, point n’est besoin du blog pour lire l’avenir dans le passé. En effet, l’avenir du chercheur, c’est un peu le mythe de l’éternel retour. Que faisais-je en mars 2008? J’assistais à un colloque en japonais. Que fais-je en mars 2009? Je participe à un colloque en japonais.

Je tire quand même deux enseignements de la comparaison:

-d’une part, le pingre destin ne m’a accordé qu’une seule des 250 années que je réclamais avant de prendre part à une telle manifestation.

-d’autre part, je n’aurais jamais dû noter aussi précisément les questions posées.

Il y a des fois où il faudrait pouvoir ignorer son avenir jusqu’à ce qu’il soit devenu du passé…

Les deux mamelles de la recherche

mars 14, 2008

On pourrait se contenter de la bibliothèque de l’université, mais on n’y trouve pas tout, et puis, ça fait un peu petit joueur. Heureusement, il existe deux temples où le chercheur peut se recueillir suivant les rites ancestraux.

-La bibliothèque de Waseda. Pour y parvenir, le chemin est semé d’embûches. Déjà, il faut connaître l’itinéraire jusqu’à la bibliothèque. A ma première tentative, j’ai passé près d’1h30 à la chercher. Ensuite, même lorsqu’on connaît les lieux, il faut réussir à passer sans faiblir devant 3 cafés, un (le??) cinéma d’art et essai, et une dizaine de boutiques de vêtements / chaussures / sacs à mains. Les braves qui ont survécu doivent ensuite trouver les moyens d’entrer. La carte n’est concédée, avec la plus extrême réticence, qu’à quelques happy few qui doivent supplier, implorer, et se livrer sur la personne du responsable des inscriptions à des attouchements que rigoureusement ma mère m’a interdit de nommer ici. Une fois admis, c’est le paradis. Livres en libre accès, plans, catalogue accessible d’un clic, explications en anglais, on pourrait s’y retrouver en étant aveugle et sourd. Avec ça, une ambiance club so British avec les pas feutrés par la moquette épaisse, les baies vitrées, et surtout, la presse occidentale, manne absolue qui, certes, plombe un peu la productivité de la recherche… mais qu’importe, car lorsqu’on aura fini Libé on trouvera une demi-douzaine de documents ahurissants qui feront avancer la connaissance humaine.

-la bibliothèque de la Diète. C’est l’inverse. Elle est à deux pas du métro, et la carte pour la journée, renouvelable autant qu’on le souhaite, s’obtient en 5 mn au distributeur automatique. Sauf que gaijin qui entrez ici, laissez toute espérance. Les livres doivent être demandés au guichet, après des manipulations qui exigent un DEA en informatique et l’agrégation de japonais. En effet, la cote n’entre jamais dans les cases indiquées, et sitôt que vous cliquez sur “aide”, l’ordinateur vous vomit un plein écran de locutions fleuries à triple subordonnée déterminante qui n’aident que ceux qui savent s’aider.

Allez, on y va quand même, pour l’incroyable déco intouchée depuis 1972.

Le retour du colloque

mars 11, 2008

Mon séjour à Gakugei se termine comme il a commencé: par un colloque à Waseda.

C’est l’occasion de me réjouir: je ne confonds plus “prosternation” et “abri anti-aérien”.

Mais aussi de m’affliger: d’abord, comme la communication porte sur la calligraphie, il n’est question ni de l’un, ni de l’autre. Ensuite, même si j’ai l’impression de mieux suivre, il y a quand même des moments où, affairée à démêler l’écheveau des formules de politesse, je perds le fil de l’exposé. Et heureusement aussi qu’il y a Powerpoint avec des images.

Surtout, je me rends compte qu’il s’écoulera environ 250 ans avant que je puisse moi-même participer à un colloque de ce type. Non seulement à cause des redoutables formules de politesse mentionnées ci-dessus, mais surtout à cause du coup de Jarnac: les questions, qui peuvent se diviser en deux catégories.

-L’interlocuteur commence par “Ce n’est pas vraiment une question, simplement quelques pensées éparses”. S’ensuit alors une phrase de 20 mn, avec quadruple subordonnée recombinante, qui se conclut par “J’aimerais connaître votre avis”.

-L’interlocuteur commence par “Je ne suis absolument pas spécialiste de votre domaine, et je souhaiterais juste poser une question de néophyte”. Comme: “Pour le 28e caractère de la stèle, vous connaissez certainement l’interprétation du professeur Schmulleschmu, qui a postulé en 1948 qu’il s’agirait en fait du radical Bla employé dans le quart nord-ouest du Sechuan. Pensez-vous que cette théorie soit toujours d’actualité?”

Comme il n’y a pas Powerpoint pour les questions, je n’ai pas compris la moitié d’entre elles. Et si jamais il m’échoit un jour la triste responsabilité de communiquer au Japon, je me dis qu’il faudra non seulement un Traduiseur-de-Questions, mais aussi un Donneur-de-Réponses. Egalement appelé Répondeur (“Je ne suis pas là actuellement, mais laissez votre message après le bip sonore”).

Yatta ! (Boursière de l’EFEO)

janvier 27, 2008

J’ai obtenu une bourse de l’Ecole Française d’Extrême-Orient pour prolonger mon séjour de 3 mois. Première réaction: euphorie sans bornes, je suis Paul Claudel, je suis Pierre Loti.

Deuxième réaction: sauf que cela signifie qu’à partir du mois de mars, je serai rônin, triste condition de la chercheuse sans appartenance fixe.

En effet, toute ma vie ici, depuis mon visa de séjour jusqu’à mon abonnement de téléphone portable en passant par mon logement, est conditionnée par mon statut d’étudiante de Gakugei. Il faut TOUT refaire à zéro.

En calculant, je risque de passer plus de temps à la banque et dans les services de l’immigration qu’à la bibliothèque de Waseda, mais ce sont toujours 3 mois de pris.

One down!

septembre 6, 2007

Clemenceau a dit: “Le meilleur moment dans l’amour, c’est quand on poste le dossier”.

Celui pour la fondation Canon est parti aujourd’hui.

Il ne reste plus que celui pour l’EFEO puis, après l’échec prévisible des deux premiers, celui pour la bourse Lavoisier, celui la villa Kujoyama, et celui pour le collège doctoral franco-japonais.

Le budget

septembre 5, 2007

Un point assez gouleyant des dossiers de bourse, c’est de devoir établir son budget. Comme concept, c’est intéressant: c’est vous qui décidez combien vous allez gagner (dans une certaine fourchette, quand même).

Au début, je fais simple: un rapide calcul de mes dépenses mensuelles, je rajoute ce que je sais grosso modo être un loyer, et voilà.

D’abord, je commence par me rendre compte que j’ai oublié plein de trucs (par exemple, la location du camion pour le déménagement, le billet de retour pour la France, etc).

Ensuite, je réalise que même en rajoutant tout ça, je tombe très en-dessous du montant minimum de la bourse. Mon éducation judéo-chrétienne m’interdit de réclamer plus d’argent qu’il ne m’en faut vraiment, surtout quand je ne le gagne pas en corrigeant des copies. D’un autre côté, si j’ai calculé trop juste, je vais mourir de faim par ma propre faute.

Après, il y a les problèmes d’opérations. Les dépenses mensuelles multipliées par 12, au cours actuel du yen, on se retrouve vite à manier des chiffres qui feraient pâlir un astro-physicien: des méga-yen, des giga-yen, des strato-yen, la calculatrice fume en exécutant l’opération (qu’on recommence 3 fois parce qu’on en oublie toujours un bout) et il faut 30 mn pour recompter tous les zéros.

En parlant de cours actuel du yen, vient ensuite la conversion en euros. Le ciel bénisse les sites de conversion universels, sinon je serais toujours en train de faire la règle de trois (“Alors voyons, 1239403202 divisé par 156…”).

A ce point de l’histoire, je me rends compte que je raisonne à partir du cours actuel du yen, mais ce que je suis en train de prévoir, ce sont mes dépenses 2008-2009. Comment le cours en question va-t-il évoluer? Si je ne prévois pas une certaine marge de flottement, en cas de hausse, je risque me retrouver coincée avec une bourse insuffisante.

Je refais donc tous mes calculs en conséquence, non sans une pensée pour l’Amélie Nothomb de Stupeur et tremblement, obligée de vérifier les frais de déplacement de ses collègues japonais à l’étranger. Maintenant, Amélie, je comprends vraiment ce que tu as voulu dire.

Enfin vient l’ultime opération de micro-chirurgie corrective. Lors d’un séminaire de maîtrise, mon directeur avait fait un développement remarquable sur la valeur esthétique des chiffres (genre, comment les historiens trafiquent pour obtenir un chiffre rond, parce que c’est net et facile à retenir, ou au contraire un chiffre à 3 décimales, parce que ça fait précis et scientifique). Il y a peu de cours qui m’auront été aussi utiles en la présente circonstance.

Soyons honnêtes, si vous annoncez “J’évalue mon budget annuel à 3 298 593 yen (soit 19 853, 95€)”, ça fait bizarre, même si vous savez pertinemment que c’est ce que vous allez dépenser, parce que vous êtes bien placé pour savoir le prix des nouilles instantanées au yen près. Il faut donc procéder à de subtils ajustements, qui permettent d’obtenir des chiffres à peu près ronds (et nonobstant crédibles), en yen comme en euros.

Voilà, tu aurais dû faire Eco-Fi, ma fille, comme ton frère, qui a réussi lui, parce qu’il a étudié quand il était jeune, hein, au lieu de n’en faire qu’à sa tête, et on te l’avait bien dit mais tu ne nous écoutes jamais.

En cadeau dans ce numéro

septembre 5, 2007

VU A LA TELE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!  IMPRESSIONNE TOUS TES AMIS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Notre cadeau de l’été: un VRAI morceau de cerveau de chercheuse. Garanti authentique !!!! Totalement gratuit !!!!!!!!

Cette semaine: “Le dossier de bourse”. Collectionne aussi, dans nos prochains numéros: “La fin de mémoire”, “L’article à boucler”, “La veille de l’agreg”, et pleins d’autres fragments passionnants.

“15 bourses pour toute l’Europe. 15 bourses. Pour toute l’Europe. Alors là, je mets que je veux étudier la calligraphie de 1880 à 1948. Oui, c’est bien, ça. Et en particulier Tomioka Tessai, Takamura Kôtarô, Yokoyama Taikan et Munakata Shikô. Zut, Munakata Shikô est mort trop tard, il a dû faire plein de choses après 48. Munakata-sensei, tu es le maillon faible et tu sors, il fallait mourir plus tôt. Et puis Yokoyama Taikan, c’est clair que je ne vais pas trouver grand chose. J’enlève. Oui mais là, il ne me reste plus grand monde à étudier. Bon, je remets Yokoyama Taikan, j’espère qu’ils n’iront pas vérifier.

Quelqu’un pourrait m’expliquer ce que j’ai voulu dire quand j’ai écrit cette phrase? Aucune idée. Ou alors il manque une subordonnée. Je ne sais plus. Une clope, une clope, il me faut une clope dans la minute qui vient ou je vais craquer. Tiens c’est vrai, je ne fume pas. Pourquoi je ne fume pas? C’est débile, franchement, je pensais à quoi quand j’étais ado? Personne n’aurait un patch?

Aaaaaah, là, dans le CV, là, je te dis, tu la vois pas ????? Une faute d’orthographe !!!!!! Alors que je viens de lancer l’impression en 48 exemplaires. Bon, je n’ai plus qu’à recommencer. Et l’agreg, je la mets ou pas? C’est vrai que ça ferait bien. En même temps c’est le Japon, donc l’agreg d’anglais, on s’en fout un peu. Et puis si je la rajoute, il faut refaire toute la mise en page. Allez hop, à dégager.

Un CV pareil, de toutes façons, ils vont mourir de rire avant la fin. Je vais jamais y arriver. Je suis nulle. Nulle. Si, si. Laissez-moi me débaaaaattre, venez pas m’secourir, venez plutôt m’abaaaaaattre, et surtout par pitié, arrêtez de me dire que Topinambour l’Horripilée sait monter à cheval, elle. A tous les coups ça va être ça le critère de sélection. Vous pariez combien qu’elle candidate aussi, ouais, je le savais, j’en étais sûre. L’humanité est composée de 5 milliards 999 999 999 concurrents, ils candidatent tous, et ils sont tous plus qualifiés que moi. Je les sens, là, dans l’ombre, avec leurs canines aiguisées au vitriol. Et il n’y a que 15 f[*ish*]ing places.

 En même temps, si je ne termine pas ce [censuré] de dossier, en plus d’être nulle, je vais être au Mans, et là ça fait beaucoup. Le Mans. Le TGV de 6h30 du matin. C’est quoi déjà un enseignant référent? Et une UEL? Et une EP capitalisable? Et la différence entre les UE d’ossature et celles de parcours? Bah, si ça se trouve, tout ça n’existe déjà plus et a été remplacé par plein de jolis concepts tous neufs. Enfin, un qui doit encore exister, c’est Kevin Cloarec. Déjà qu’il triplait sa première année quand je suis partie, le temps que je revienne, il sera bien passé en DEA, pardon, M2, et il voudra faire son mémoire avec moi. Je ne peux pas courir un tel risque.

Reprenons. Bon, là, la liste des publications, ça, ça va aller vite, vu que chez moi, c’est une liste de la publication. Et voilà, qu’est-ce que je disais, deux lignes. Ca fait sérieux, ça, je vous demande un peu?

Il reste du café?

Les vacances, c’était bien. Quand on était sur le toit en train de boire des cocktails. Et puis Osaka. Ouais, c’était bien. Vraiment très bien. Tous les p’tits bars, tous les coins noirs… NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO! My scar hurts, but I will practice Occlumency and I will not let Lord Voldemort and the forces of darkness into my head, and I will concentrate and finish my f[*reez*]ing dossier pour the application de the bourse.

Et le budget, là, pourquoi ça fait 310 000 yen, tout à l’heure je trouvais 280 000. Bourses. 15. Europe. Toute.  Christina, petit-déj, j’crois bien qu’il…”

 Allô? Allô??? Roger-Tango-Charlie !  Ici, la Terre ! Répondez ! Nous avons perdu le contact. RE-PON-DEZ !!!

Krchkrchkrchkrchbzbzbzbzbzbzkrchkrchkrch.

Les dossiers de bourse

août 31, 2007

Après la rédaction du mémoire, voici venue la saison des dossiers de bourse. C’est presque pire. Il faut pondre des CV comme à l’usine et surtout avoir un calendrier et un budget de recherche sur une thèse dont on n’a pas encore écrit une ligne. Enfin si, j’ai trouvé une période très intéressante à étudier, c’est juste que les artistes représentatifs de cette époque ont en fait vécu à un autre moment.

Surtout, un bref tour sur le site des institutions concernées me révèle que les autres candidats sont, suivant les cas:

1) Des ingénieurs plasturgistes allemands, qui avaient obtenu le prix Nobel de chimie pour le compte de leur laboratoire avant même d’entamer leur thèse, et sont en relais talkie-walkie 24/7 avec leur directeur de recherche.

2) Des rats de bibliothèque français qui, après l’Ecole des Chartes, leur doctorat aux Langues O et 45 publications, se sont dit qu’ils feraient bien un break dans leur poste actuel au Collège de France pour aller sur le terrain.

Ce qui donne l’impression ô combien épanouissante d’être en train de jouer une partie d’échecs avec les yeux bandés, une main attachée dans le dos et exactement 3 pions.

Mais on y croit quand même, et très fort, parce que c’est ça ou Le Mans.

Retour à la bibli

août 19, 2007

Beuark.

Heureusement, il y a un nouveau bibliothécaire qui est meccha kawaii. J’ai soudain un besoin urgent des 14 volumes d’oeuvres complètes de Mori Arimasa. Un par un. Finalement, pas le 8. Par contre, je reconsulterais bien le 11. Oh, et puis non, plutôt le 12.