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La messe de minuit au Japon

décembre 26, 2007

Assister à la messe de minuit est une chose que je voulais vraiment faire pour mon dernier Noël au Japon. Certes, je n’ai pas mis les pieds à l’église jusqu’ici, et je ne sais même pas vraiment où en trouver une, mais pas de problème, il suffit de se faire tuyauter par les Philippins, qui en général connaissent par coeur les horaires de services dans toutes les paroisses de l’agglomération de Tokyo.

L’un deux s’offre même charitablement à me chaperonner, et Hong Lan, ma voisine chinoise, se joint à nous.  Arrivée sur place, stupéfaction, l’église est comble. On nous dirige vers une chapelle au sous-sol, en nous expliquant que dans la grande, nous n’aurons pas de places assises. Même dans la petite, il y a des gens debout, jusque dans le vestibule, mais nous parvenons à nous garantir trois précieux sièges.

La messe est en anglais, et je retrouve avec nostalgie les mêmes cantiques qu’à Oxford. J’en découvre d’autres aussi, que je n’ai jamais chantés et dont j’ignore parfaitement les paroles, mais dont je connais la mélodie par coeur parce qu’elle passe en boucle dans les grands magasins.

Ambiance multi-ethnique (jamais vu autant de gaijin de toutes les couleurs pendant mon séjour à Tokyo) et très familiale, le prêtre n’hésitant pas à interrompre le service pour interpeller ses ouailles: “Tiens, Herman n’est pas là aujourd’hui?”.

Nouvelle surprise à la quête: je suis une des rares radines à filer quelques pièces. Presque tous les autres ont mis un billet de 1000 (environ 6€). Je veux bien que nous sommes dans un quartier riche, mais même dans les églises du 7e arrondissement à Paris, on voit rarement pareille munificence.

Lors du baiser de paix, le prêtre précise: “Vous pouvez vous donner l’accolade, vous embrasser, tout ce que vous voulez. Enfin…avec modération…”

Mais le grand moment reste indiscutablement la communion.

Avant:

Alejandro à Laïli: “Tu reçois la communion?”

Laïli: “Je ne sais pas. Ca fait vraiment longtemps que je ne me suis pas confessée”.

Alejandro : “Ce n’est pas grave, tant que ta conscience est pure”.

Laïli: “Xmblnlsnbdrzjs”.

Disons qu’au cours des 10 minutes précédentes, je ne me souviens pas avoir commis une action grossièrement répréhensible. On va dire que ça passe.

Après:

Hong Lan: “C’est quoi, le truc que vous mangez?”

Laïli: “Un peu comme du pain”.

Hong Lan: “Et c’est bon?”

Laïli (qui n’avait jamais vu les choses sous cet angle gastronomique): “Euh, ben, ça n’a pas vraiment de goût”.

L’opéra au Japon

septembre 13, 2007

J’ai reçu ce week-end 2 tickets d’invitations pour une représentation de “La veuve joyeuse” (enfin, pardon, メリー・ウィドウ), et fait mon baptême de l’opéra au Japon.

Lorsque je suis allée au spectacle ici, c’était toujours pour voir du taishû engeki ou, plus rarement, du kabuki, bref, des choses puissamment couleur locale. Alors pensez donc, une vraie salle avec des vrais sièges, qui vous donne l’impression d’avoir été transportée d’un coup de baguette magique à l’opéra Bastille. Je ne me tiens plus de nostalgie, avec mon joli programme en papier glacé, mon siège super bien placé et les billets d’invitation au nom de l’actrice principale, franchement, trop frime.

En même temps, l’opéra à l’étranger a souvent un côté brechtien. De par toute l’Asie, le système de promotion à l’ancienneté semble prévaloir dans le monde du spectacle comme dans le reste de la société.  A Tachkent, j’avais pu voir “Eugène Onéguine” où les jeunes premiers avaient 40 ans,  j’étais donc prête pour ce qui m’attendait. Dans le cas de “La Veuve joyeuse”, c’est certes moins embêtant que pour “Le mariage de Figaro”, mais quand même pas très charitable pour l’actrice principale, qui a de fortes chances de passer, dans l’imaginaire occidental, après Jeannette MacDonald du film d’Ernst Lubitsch.

De surcroît, à Tokyo, le responsable de la distribution doit composer avec les contraintes du gabarit local. Ce n’est donc pas vraiment de sa faute si le comte Danilo faisait 1m50 au garrot.

Mais quand même, ça valait le déplacement, rien que pour entendre la chanson de Vilja en japonais. Quant au reste du livret, je me suis dit que Meilhac n’a vraiment pas été sympa, et aurait pu appeler les filles de Maxim’s autrement que “Margot, Cloclo, Froufrou” (pour un Japonais, ces 3 mots = 18 mois d’exercices de diction).

Et l’air de “Trippel, trippel, trippel, trapp”… Là, j’ai vraiment pitié.

“Turipuru turipuru turipuru turapu [ganbare!]

Turipuru turipuru turipuru turapu [courage, tu vas y arriver]

Turapuru turipuru turipuru turipuru turapu [plus que 10 mesures de retard]“.

Bon, je suis méchante (pour changer), parce que techniquement, c’est quand même bien léché. On sent le perfectionnisme local, et je ne suis pas sûre que le choeur de l’Opéra Garnier puisse psalmodier du nô avec autant de brio.

Mais le morceau de choix, c’est quand même la mise en scène. Originale, amusante, inventive, avec des décors grandioses et quelques clins d’oeil à la vie du XXIe siècle. Je suis conquise, le public japonais aussi. Eux d’habitude si réservés tapent en rythme dans leurs mains pour encourager les danseuses de french cancan. Au passage, amis français, ne vous emballez pas. Sous leurs jupes, elles portent à peu près une combinaison de ski.

Quand je ressors, je demande à mon amie chinoise, qui m’a accompagnée, comment elle a trouvé le spectacle. Je ne comprenais rien quand ils chantaient dit-elle. C’est normal c’est de l’opéra (enfin, rette) même dans ta langue maternelle tu ne comprends rien quand ils chantent réponds-je. Et le french cancan tu en as pensé quoi m’enquiers-je. Cette danse, c’est mal, dit-elle.

Les cours de chinois

mai 1, 2007

Je découvre en ce moment les cours de chinois, indispensables à la formation de tout apprenti calligraphe.

En japonais, on passe les 15 premières années à apprendre à écrire. En chinois, on passe les 15 premières années à maîtriser les 38 sortes de voyelles, multipliées par quatre à cause des tons (après, il faut encore 15 ans pour apprendre à écrire, mais ceci est une autre histoire).

 Ceci dit, j’adore le chinois, qui sonne l’heure radieuse de la revanche sur les étudiants coréens. Parce que quand il s’agit de prononcer un “f” ou un “ou”, ils font carrément moins les malins qu’au test de japonais en début de semestre, c’est moi qui vous le dit.

Le sauna

avril 30, 2007

J’ai fait il y a peu mon baptême du sauna (dans un des rares qui acceptent les femmes).  Cette institution, constituée d’un bain public et de dortoirs adjacents, était pour moi auréolée d’un charme vénéneux, quelque part entre la fumerie d’opium et la boîte gay.

Brisons le mythe: l’expérience se situe davantage entre la colonie de vacances et le bus de nuit. D’autant que si les hommes et les femmes sont bien séparés, personne n’a eu l’idée d’enfermer les fumeurs dans un cagibi étanche. Bref, l’orgie qui changera le cours de mon existence sera pour une autre fois.

J’en ai quand même profité pour découvrir un plaisir inconnu de la vie au Japon: le bain de minuit (sans avoir à reprendre le métro après), et celui du matin, avec la vue imprenable sur l’étang de Shinobazu dans le soleil printanier.

Ce fut surtout l’occasion d’admirer la supériorité des Japonaises sur leurs faibles soeurs occidentales. Elles peuvent dormir avec la télé allumée, la lumière allumée, la clope allumée et, à partir de 5h30 du matin, le jour allumé, sans que cela trouble en rien la qualité de leur sommeil.

Le lendemain matin, en allant prendre mon petit déjeuner au McDo du coin (le sauna ne sert que des repas japonais, et le riz/thé vert/poisson fumé au saut du lit, j’ai encore un peu de mal), j’ai eu la vision mémorable des ouvriers, sur le chantier d’en face, en train de faire leur échauffement. Tous ces robustes gaillards, casqués et sanglés dans leur bleu de travail, enchaînaient avec un sérieux imperturbable les mouvements de type Véronique et Davina, pendant que je méditais la chorégraphie de ma prochaine comédie musicale, intitulée East Side Story.

Voter au Japon

avril 23, 2007

Je suis allée hier remplir mon devoir citoyen. Mais arrivée à l’ambassade, je me suis rendu compte que j’avais complètement méconnu la nature de l’exercice: voter n’est pas ici un geste politique, c’est une occasion sociale. C’est l’endroit où il faut absolument être vu, vêtu du pull Celio (/ veste Carroll) de rigueur. Pour les femmes, il est de bon ton d’être accompagnée de ses trois enfants et d’être enceinte du quatrième. Pour les hommes, il convient d’arborer une épouse japonaise.

Non content d’être vu, il faut également voir. Très important: reconnaître des amis dans la file d’attente, aller serrer des mains et demander ostensiblement des nouvelles d’Untel (“Au fait, il est bien toujours attaché culturel?”).

Une jeune femme se précipite ainsi sur une de ses connaissances, debout juste derrière moi et, après les salutations de rigueur, lui demande d’un ton stupéfait: “T’es venu seul?”

Oui.

Moi aussi.
Comme quoi je n’ai vraiment rien compris.