Archive de la catégorie «Kansai II le retour»

L’exposition du Shôsôin

novembre 28, 2007

Au début du mois de novembre, je suis allée à Nara pour voir l’exposition du Shôsôin, qui est un peu le pélerinage à la Mecque de l’étudiant en histoire de l’art: il faut absolument l’avoir fait une fois dans sa vie. Il s’agit de l’exposition de trésors nationaux conservés depuis le VIIIe siècle dans l’entrepôt historique du Shôsôin, et qui ne sont présentés au public que deux fois par an. Comme les pièces sortent par rotation, le gaijin qui n’a que quelques mois (même ‘années’) à passer au Japon sait qu’il ne reverra jamais les objets exposés.

Plus qu’une épiphanie culturelle, c’est une épreuve de force physique pour laquelle j’aurais dû suivre une préparation de fond, si j’avais su.

Les Japonais sont le peuple du monde le mieux policé. Ainsi dans le métro, même aux pires moments des heures de pointe, toute personne qui pressent avoir foulé une paire de pieds qui n’est pas la sienne s’excuse au moins trois fois.

La raison de cette équanimité est qu’ils réservent toute leur agressivité pour les expos (et l’aquarium d’Osaka). Et à celle du Shôsôin, ils se surpassent. Tous les arts martiaux sont permis pour s’assurer une vue avantageuse des objets. Se méfier en particulier des petites grand-mères à l’air fragile, qui ont le coup de coude particulièrement vicieux (voir le post sur le centenaire du Nitten). En un an de séjour au Japon, cette expo est la seule et unique occasion où j’ai vu deux personnes en venir aux mains, sous les yeux médusés de la foule

Ce bref instant d’inattention de l’adversaire m’a permis de me faufiler au premier rang devant l’unique encrier de la collection et les pinceaux de l’époque de Heian.

La malédiction du bus de nuit

novembre 17, 2007

Siège ergonomique inclinable, repose-pieds, couverture, pantoufles de courtoisie, tout dans le bus de nuit a été conçu par un bataillon d’ingénieurs japonais afin de favoriser le sommeil. Pourtant, je n’ai jamais réussi à y fermer l’oeil. Ce n’est pas faute d’avoir essayé tous les moyens possibles : journée épuisante la veille, voire nuit blanche, somnifères, rien n’y fait. Pourtant, j’ai désormais un certain entraînement: Tokyo-Aomori en février, Tokyo-Nara en juin, Tokyo-Osaka en août, Tokyo-Niigata en septembre, Aomori-Tokyo en octobre, Tokyo-Nara puis  Nara-Tokyo en novembre. Dans le train, je dors comme un loir. En voiture, je ronfle au bout de 10 mn. Dans le bus de jour, je lutte désespérément contre le sommeil afin de profiter du paysage, mais je finis toujours par m’endormir. Dans le bus de nuit, jamais.

Kyoto

août 20, 2007

A Kyoto, la plupart des souvenirs traditionnels (éventails, coupes à sake, socques en bois, jimbei, etc…) sont “Made in China”.

Nara

août 13, 2007

Il fait chaud au Japon en été, il fait particulièrement chaud dans le Kansai, et à Nara, il fait semble-t-il plus chaud que partout ailleurs. Je comprends que le tourisme culturel est une vue de l’esprit. Les trois seules valeurs qui valent la peine d’être défendues sont:

1) Boissons fraîches

2) Crèmes glacées

3) Climatisation (le réchauffement de la planète, laissez-moi rire).

Le Tôdaiji? Le grand Bouddha? Hhmmmoui, si il faut vraiment.

C’est tellement fabuleux de revenir en vacances dans une ville où l’on a été en voyage de terrain. Pas d’exposé à préparer! Pas d’obligation de parler japonais toute la journée!! Pas d’emploi du temps draconien!!! On fait des pauses quand on veut… Le bonheur tient à si peu de choses. 

Universal Studios

août 13, 2007

Universal Studios est à Osaka ce que Disneyland est à Paris ou Tokyo, sauf qu’il s’agit des films Warner et non Disney (le non initié sera tout excusé de ne pas voir la différence). Les propos que j’ai tenus par le passé sur les gens qui fréquentent ce genre d’endroits étaient en général pires que méchants. Mais à quoi servirait le Japon si l’on ne pouvait pas y faire toutes les sottises que l’on ne commettrait jamais en Europe?

En l’occurrence, je garde de mon baptême du parc d’attractions un souvenir plutôt décalé. A 8h15 du matin, à peine descendus du bus de nuit, 2 des 3 membres de notre groupe avaient déjà réussi à se disputer, faisant planer, jusqu’à réconciliation ultérieure, une ambiance authentiquement bergmanienne (c’est de circonstance) sur le temple de l’insouciance capitaliste. Une fois sur place, j’ai constaté à mon grand dam que la plupart des attractions avaient été conçues pour donner le vertige, ce qui constitue à mes yeux un mode de torture et non de divertissement. Surtout, une bonne partie des attractions en question sont fondées sur des films que je n’ai pas vus. Etant bien la seule dans le parc, sans doute aussi dans l’hémisphère nord, j’ai dissimulé tant bien que mal mon ignorance crasse en attendant

1) l’ouverture d’un parc d’attractions ayant pour thème les oeuvres de Jane Austen ou la littérature de l’ère Meiji.

2) à défaut, d’aller emprunter en douce les DVD pour faire un cours de rattrapage. 

Je râle, comme toujours, mais je suis obligée d’avouer, comme souvent, que l’endroit est loin d’être désagréable. Non seulement il y a des palmiers à la place du béton, mais aussi et surtout, chose incroyable au Japon, il y a de l’espace. Ca doit être ça l’attraction principale. En regardant les films en 3D, j’ai l’impression d’être projetée dans le “cinéma sentant” du Meilleur des Mondes. Et en sortant du monde d’E.T., je me dis qu’il y a une pincée d’enfance et de poésie même chez les ingénieurs marketing les plus endurcis (et que finalement j’aurais bien dû essayer le train fantôme de Spiderman).

Le ver est dans le fruit. Au retour, j’ai constaté que mon regard s’attardait sur les affiches de Disneyland Tokyo, parce que après tout…

Le métro d’Osaka

août 13, 2007

Osaka est le seul endroit au monde où la superficie du métro est supérieure à celle de la ville. Les stations ont été conçues ainsi: l’ingénieur commence par creuser 250 km de couloirs, ensuite il prévoit 23 sorties, enfin il envisage de faire éventuellement circuler un métro. En conséquence, la durée minimale d’un trajet est de 45 mn: 3 mn dans le métro, 20 dans les couloirs et 22 à chercher la bonne sortie. Demandez-la à trois préposés, vous êtes sûrs d’obtenir 3 réponses différentes.

Par ailleurs, le métro s’arrête à 23h30, histoire de conclure toute soirée à l’extérieur par une dispendieuse course de taxi, au cas où les gens voudraient sortir (par exemple pour essayer d’oublier qu’ils habitent Osaka). Mais dans l’ensemble, je ne pense pas qu’une telle idée les effleure vraiment. Ils rentrent chez eux à 20h30 et, devant leur poste de télé, ils se marrent bien en pensant à ces crétins de touristes de Tokyo coincés à la sortie de leur bar/restaurant/karaoke.

 Il faut dire que le touriste de Tokyo a lui aussi besoin de boire pour oublier, perturbé qu’il est, jusque dans ses repères les plus viscéraux, par ce métro où l’on fait la queue à droite dans les escaliers roulants, et où le message de fermeture des portes est “tobira ga shimarimasu” (扉が閉まります) et non le “doa ga shimarimasu” (ドアが閉まります) dont il a l’habitude.

Malgré tout le mal que l’on peut dire du métro d’Osaka, il faut lui reconnaître une qualité déterminante: on y trouve des places assises.