Au début du mois de novembre, je suis allée à Nara pour voir l’exposition du Shôsôin, qui est un peu le pélerinage à la Mecque de l’étudiant en histoire de l’art: il faut absolument l’avoir fait une fois dans sa vie. Il s’agit de l’exposition de trésors nationaux conservés depuis le VIIIe siècle dans l’entrepôt historique du Shôsôin, et qui ne sont présentés au public que deux fois par an. Comme les pièces sortent par rotation, le gaijin qui n’a que quelques mois (même ‘années’) à passer au Japon sait qu’il ne reverra jamais les objets exposés.
Plus qu’une épiphanie culturelle, c’est une épreuve de force physique pour laquelle j’aurais dû suivre une préparation de fond, si j’avais su.
Les Japonais sont le peuple du monde le mieux policé. Ainsi dans le métro, même aux pires moments des heures de pointe, toute personne qui pressent avoir foulé une paire de pieds qui n’est pas la sienne s’excuse au moins trois fois.
La raison de cette équanimité est qu’ils réservent toute leur agressivité pour les expos (et l’aquarium d’Osaka). Et à celle du Shôsôin, ils se surpassent. Tous les arts martiaux sont permis pour s’assurer une vue avantageuse des objets. Se méfier en particulier des petites grand-mères à l’air fragile, qui ont le coup de coude particulièrement vicieux (voir le post sur le centenaire du Nitten). En un an de séjour au Japon, cette expo est la seule et unique occasion où j’ai vu deux personnes en venir aux mains, sous les yeux médusés de la foule
Ce bref instant d’inattention de l’adversaire m’a permis de me faufiler au premier rang devant l’unique encrier de la collection et les pinceaux de l’époque de Heian.