Il y a un truc que les Japonais attendent particulièrement des gaijin, c’est qu’ils (et surtout elles) cuisinent des plats typiques de leur pays. Pour les Chinois, aucun problème. Les Coréens en sont quittes, au pire, pour une virée courses à Shin-Okubo afin de trouver les meilleurs ingrédients. Mais pour les Français, c’est aussi casse-tête que casse-pieds. Au début, pleine de bonne volonté, j’ai essayé d’obtempérer. J’ai ainsi pu tester:
-La Salade Nicoise la Plus Chère de l’Histoire. J’ai dû réussir à m’en tirer pour 3€ les deux tomates, mais pour les olives et les anchois, c’est sûr que ma bourse du mois y est passée.
-La Ratatouille de la Trahison. Quelque part au mois de septembre, pour un dîner entre copines, j’ai décidé de préparer une ratatouille. Passons sur les trésors d’ingéniosité pour dénicher une courgette (pas les moyens d’en payer 2, voir plus haut). La ratatouille, mise à cuire, exhale pourtant une fragrance délicieuse, le pur parfum de la nostalgie. Je porte à mes lèvres la première bouchée, avec autant de componction recueillie que Proust la petite madeleine. Las, ça n’a strictement aucun goût.
Depuis, j’ai abandonné et appris à préparer le “mabô-dofu” (tofu sauté avec de la viande) en espérant que quelqu’un voudra bien croire qu’il s’agit à l’origine (très lointaine) d’une spécialité française apportée jusqu’en Chine par Marco Polo.
Heureusement pour le bien de la recherche, un ami s’est entêté et a réussi
-La Mousse au Chocolat Atomique. C’est vrai, une mousse au chocolat, c’est simple, facile et ça fait plaisir. Bon, l’histoire ne dit pas où il a trouvé le chocolat. Mais surtout, les oeufs japonais ne “réagissent” pas comme ceux de France. Ne me demandez pas pourquoi, mais par exemple, il est presque impossible de préparer des oeufs sur le plat car le blanc ne prend pas. Bref, lorsque j’ai vu la mousse au chocolat en cours de réalisation, je pense que mon compatriote était parvenu à un résultat chimique fort susceptible d’intéresser les laboratoires R&D de chez Toyota. M’enfin, il paraît que la mousse au chocolat fut mangée, et s’avéra même bonne.