Le franponais, si bien conceptualisé par mon collègue Yatto, c’est cette illusion linguistique qui fait croire aux Japonais que “Cucu”, “Cocue” ou “Colocue” sont des noms de marque top tendance à la dernière mode des Champs-Elysées.
Le japoglais, c’est l’équivalent infligé à la langue de Shakespeare. Il m’a fallu des mois pour comprendre que si le quai du train s’appelait “hômu”, c’était en fait l’abréviation de “platform”. De même, le sens du mot “iyahônu” m’a longtemps échappé, jusqu’à ce que je comprenne qu’il s’agissait d’ “earphone”.
Mais surtout, j’ai le souvenir d’un dîner entre étudiants à notre familess préféré (non, le familess n’est pas un roman d’Hector Malot, mais l’abréviation de ‘family restaurant’), lequel proposait une formule de boisson à volonté qui s’appelait ‘Drink bar’. Je demande donc: “Et avec le menu, je prendrai le drink bar”. Regard d’incompréhension totale de la serveuse. Zut, me dis-je, j’ai fait trop british, et je m’applique donc à reprendre à la japonaise: “Je prendrai le dorinkuba”. Elle ne comprend toujours pas. Je m’obstine, je tâtonne: “Dorinkubâ? Dôrinkuba? Dôrinkubâ? Durinkubâ?”. Devant le désarroi de la malheureuse, un de mes camarades japonais me tire d’embarras: “Elle voudrait simplement le dorinkubâ”. Ca a été radical, la serveuse a compris et s’est exécutée dans l’instant. Mais moi, j’ignore encore à ce jour le mystérieux secret d’intonation — imperceptible sans doute à l’oreille occidentale — qui a distingué sa prononciation de la mienne et déclenché l’opération du “Sésame, sers-moi à boire”.