Archives pour décembre 2008

Le Père Noël

décembre 31, 2008

Le Père Noël existe, je l’ai rencontré.

Contrairement a une croyance fréquemment répandue, il n’est pas lapon mais japonais, et son quartier général n’est pas a Rovaniemi mais devant un grand magasin d’Hiroshima.

Il a 17 ans 3/4, une grande barbe blanche, des cheveux noir de jais, et une carrure de moineau qui ne remplit qu’imparfaitement sa grande houppelande.

Homecoming queen

décembre 30, 2008

En revenant au Japon, je suis comme toujours scrupuleusement les conseils de mon ami Frédéric: on-ne-parle-pas-japonais-a-la-douane. Le gaijin le plus gaijin est celui qui a le moins d’ennuis. Mais là, le responsable de l’immigration feuillette mon passeport et s’exclame: “Ah, mais vous parlez japonais sans problème, puisque je vois que vous avez etudié ici”.

Employé anonyme, mon ami, mon frère, merci. Merci de m’avoir soudain donné le sentiment que j’étais rentrée à la maison. Et merci surtout d’avoir bien voulu considérer mon japonais avec les oreilles de la foi. Pas comme ton copain de la douane, qui, au lieu de me faire des compliments, s’est avisé de me poser une question, devant laquelle j’ai fait maints ronds de jambes et sourires serviles, en sortant un à un de ma valise les objets que je pensais incriminés, avant de comprendre qu’il me demandait simplement le but de ma visite.

Nul n’est prophète en son pays

décembre 9, 2008

Aujourd’hui, je vais me renseigner chez LE traiteur japonais de mon honorable ville, pour un événement que j’organise avec une collègue, et où nous souhaiterions un buffet.

Je suis reçue par le patron français et son assistant japonais. L’accueil est précis, efficace, poli, sans aménité excessive. Voyons, cette touche de condescendance, cette imperceptible pointe de froideur distante, ça me rappelle bien quelque chose, ce ne serait pas…non…quand même pas…?

Mais si! C’est bien — servie par un compatriote, et à 750 m de mon domicile officiel autant que provincial — l’exacte attitude réservée aux gaijin. Non mais les gars, je suis chez moi, là.

La France vue du Japon vu de la France

décembre 9, 2008

Au Japon, la France c’est:

-Louis Vuitton

-Pierre Hermé

-Paris

-La Tour Eiffel

-La mode

-L’élégance

-Les croissants

-Le Louvre

-Les châteaux de la Loire, et celui de Versailles.

Bref, le pays de Candy.

En France, le Japon c’est:

-les otaku

-les manga

-le suicide des jeunes

-la mort par surmenage des moins jeunes

-le vieillissement de la population (comme quoi la mort par surmenage ne fait pas bien son travail).

-les yakuzas

-les freeters

-les sans-abris

En un mot, la patrie d’Albator.

Les montres molles

décembre 9, 2008

Un autre effet du retour au pays est une curieuse distorsion du temps.

D’un côté, on se retrouve avec plein de jolies plages de liberté qui n’existaient pas avant. Déjà, toutes les journées sont systématiquement rallongées de 2h (celles qu’on ne passe pas dans les transports). Et puis il y a des week-ends, des soirées, allez, même une demi-journée grapillée par-ci par-là. Prodigieux.

Sauf qu’à sa grande stupéfaction, l’ex-pat’ (ou ex-expat’, je ne sais quelle est la formulation appropriée) voit lesdites plages grignotées, et même dévorées à pleines dents, par des pertes de temps auxquelles il n’est plus habitué.

A Tôkyô, tout le monde manque trop de temps pour pouvoir se permettre d’en perdre, et si les journées font 25h, chaque minute en est généralement exploitée avec la plus extrême rigueur.

Il est ainsi rarissime d’attendre quoi que ce soit plus de 3 mn.  Il y a des métros tout le temps, on ne fait pour ainsi dire jamais la queue (toujours 18 machines et 4 employés derrière le guichet), etc…

Du coup, le choc culturel au retour est rude. D’abord parce qu’à propos de guichets, où que j’aille, je n’en trouve jamais que la moitié d’ouverts. Les employés derrière, quand ils ne sont pas en grève, semblent tous borgnes de l’oeil gauches et manchots du bras droit. Et les clients devant ont une tendance à raconter leur vie qui ne m’avais jamais autant frappée que ces derniers mois.

Et surtout, il y a le coup de Jarnac de la machine qui tombe en panne. Impensable au Japon, où tout le service maitenance serait alors contraint au suicide rituel. Mais en France, c’est la panne elle-même qui constitue le rituel, et je ne compte plus le nombre de trains que j’ai ratés avant de comprendre qu’il FALLAIT intégrer à mon planning de voyage les 20 mn nécessaires pour changer de machine et/ou protester. Idem pour les photocopies, les retraits d’argent, bref, ça fait beaucoup de 20 mn à prévoir dans une journée qui, à rendement 2 fois moindre, finit par être à peine plus courte que sa consoeur au Japon.