Un autre effet du retour au pays est une curieuse distorsion du temps.
D’un côté, on se retrouve avec plein de jolies plages de liberté qui n’existaient pas avant. Déjà, toutes les journées sont systématiquement rallongées de 2h (celles qu’on ne passe pas dans les transports). Et puis il y a des week-ends, des soirées, allez, même une demi-journée grapillée par-ci par-là. Prodigieux.
Sauf qu’à sa grande stupéfaction, l’ex-pat’ (ou ex-expat’, je ne sais quelle est la formulation appropriée) voit lesdites plages grignotées, et même dévorées à pleines dents, par des pertes de temps auxquelles il n’est plus habitué.
A Tôkyô, tout le monde manque trop de temps pour pouvoir se permettre d’en perdre, et si les journées font 25h, chaque minute en est généralement exploitée avec la plus extrême rigueur.
Il est ainsi rarissime d’attendre quoi que ce soit plus de 3 mn. Il y a des métros tout le temps, on ne fait pour ainsi dire jamais la queue (toujours 18 machines et 4 employés derrière le guichet), etc…
Du coup, le choc culturel au retour est rude. D’abord parce qu’à propos de guichets, où que j’aille, je n’en trouve jamais que la moitié d’ouverts. Les employés derrière, quand ils ne sont pas en grève, semblent tous borgnes de l’oeil gauches et manchots du bras droit. Et les clients devant ont une tendance à raconter leur vie qui ne m’avais jamais autant frappée que ces derniers mois.
Et surtout, il y a le coup de Jarnac de la machine qui tombe en panne. Impensable au Japon, où tout le service maitenance serait alors contraint au suicide rituel. Mais en France, c’est la panne elle-même qui constitue le rituel, et je ne compte plus le nombre de trains que j’ai ratés avant de comprendre qu’il FALLAIT intégrer à mon planning de voyage les 20 mn nécessaires pour changer de machine et/ou protester. Idem pour les photocopies, les retraits d’argent, bref, ça fait beaucoup de 20 mn à prévoir dans une journée qui, à rendement 2 fois moindre, finit par être à peine plus courte que sa consoeur au Japon.