Une des contraintes oulipiennes de ce blog était, dans mon esprit, qu’il s’arrêterait à mon retour en France. Puisque, après tout, je n’aurais plus rien à y écrire.
Mais voilà, je me suis rapidement aperçue que ce n’est pas parce qu’on foule à nouveau le sol de la mère patrie qu’on est pour autant de retour. Ca, il n’y a que votre entourage pour le croire…
Voici, à titre d’illustration, un petit florilège de phrases entendues, qui vous donnent davantage l’impression d’avoir été projeté(e) sur la planète Mars que de rentrer au pays.
Statistiquement, la plus fréquente, surtout dans les 3 semaines suivant le retour, est “Faudra que tu nous racontes”. Comme si vous reveniez de 15 jours de vacances en Crète, et avec le net message subliminal: “Faudra que tu nous racontes PLUS TARD (parce que maintenant, tu es bien gentille mais tu ne vas pas nous saoûler”).
De toutes façons, le tout frais ex-gaijin n’a aucune envie de raconter, et dans mon cas, je n’ai jamais pu entendre cette phrase sans penser aux dernières pages d’Etre sans destin, et sans ressentir une forte envie d’assommer l’interlocuteur avec l’oeuvre en question, autant que lui-même m’assommait après tout avec la question tout court.
Et pour le reste, voici une liste dont mon instinct me dit qu’elle n’est pas exhaustive:
-”Alors, c’était bien ton séjour en Chine?”
-”Et au Japon, tu avais d’autres loisirs à part la calligraphie? Tu as essayé l’arrangement des fleurs?” (“Si je doooiiiiis tomber de l’(EFE)haut, que ma chute soit lon-on-ongue”).
-”Toi qui t’intéresses à l’estampe…” (c’est-à-dire que la calligraphie et l’estampe, euh, c’est-à-dire comment dire…).
-”Mais alors, tu parles japonais?” (là, la lucidité m’empêche d’affirmer ‘oui’ trop vite, mais quand même, pour demander le quai de la Saikyô-sen à Shinjuku, le peu que je maîtrise m’a semblé distinctement plus efficace que le swahili).