Archives pour mai 2008

Calligraphes je vous aime (moi non plus)

mai 22, 2008

Au début, c’était le rêve. Plus de cours infernaux en japonais. Plus de calligraphies affligeantes à produire devant tout le monde (et à terminer chez soi tard dans la nuit après les avoir recommencées 40 fois). Plus de séances de critique mutuelle.

Et puis, ça a commencé à me manquer. J’ai d’abord constaté que mon japonais dégringolait (comme quoi c’était possible de tomber encore plus bas). Ensuite, j’ai un jour réfléchi que ma pratique calligraphique avait été divisée par 8, et qu’il y avait des tas de domaines que je ne travaillais plus.

Du coup cette semaine, je suis retournée à la fac. Et là, accueil triomphal. Je retrouve plein d’amis. Il y a de nouvelles personnes sympa qui me parlent du premier coup. Mon directeur me couvre de compliments devant tout le monde et fait de son mieux pour m’intégrer dans la conversation.

Mieux vaut tard que jamais, mais…

Les gars, je repars dans 6 semaines, vraiment, vous n’auriez pas pu le faire plus tôt?????????

Ca m’arrive tout le temps

mai 22, 2008

Je flashe sur un vêtement.

La coupe est sobre, avec en même temps un petit truc original et rebelle dans le design.

En plus, c’est pile ma taille.

Je relève la tête: je suis au rayon homme.

Un typhon, phon, phon

mai 22, 2008

Encore un matin au radar.

Je tire rageusement le cordon de l’aérateur. Quel est le crétin qui a bien pu laisser ça allumé avec le vent qu’il y a dehors??

Je me rends compte qu’en fait, l’aérateur était éteint (là, je viens de l’allumer) et tournait tout seul sous l’effet des rafales.

Feedback des statistiques

mai 17, 2008

Les deux questions qui ont amené le plus de websurfeurs sur mon blog ces derniers temps sont:

-Qu’est-ce qu’un site de baie (Tokyo)? –> on sent que le partiel de géo aux Langues O approche.

-Comment les Japonaises font-elles pour rester minces? –> ça fait plaisir de voir qu’il y a des gens qui se posent les vraies questions dans l’existence.

Pour ces lecteurs-là, réponse (je le dis et je le répète): une boulette de riz par jour.

L’employé japonais

mai 17, 2008

Je ne l’ai pas vu de mes yeux (encore heureux) mais on me l’a raconté et je ne résiste pas au plaisir de transmettre.

Un jour de pluie, un Japonais en scooter se ramasse une bûche et se fracture l’avant-bras. Ca saigne, il y a l’os qui sort.

De sa main valide, il saisit son téléphone portable pour prévenir son patron qu’il sera en retard.

Puis il appelle l’ambulance.

Les chiens japonais

mai 17, 2008

Pour le Français de base, biberonné à “Belle et Sébastien” et “Lassie chien fidèle”, le chien japonais est un immense choc culturel.

En effet, pour nous, le chien est au choix un animal de troupeau, un animal de garde, ou un animal de compagnie.

Au Japon, c’est un bibelot décoratif.

Afin d’adapter l’animal aux logements et aux transports de la capitale japonaise, des ingénieurs généticiens ont croisé sur plusieurs générations un caniche nain successivement avec un bonsaï, puis avec une musaraigne, jusqu’à obtenir une créature à peine plus grosse qu’un téléphone portable.

A Tokyo, le panneau “Attention au chien” doit se comprendre comme “Vous allez marcher dessus”.

Pour éviter un aussi regrettable incident, il est possible d’orner son chien de toutes sortes de décorations qui tapent à l’oeil, telles que:

-la garde-robe pour chien. Ca ressemble à un body taile 3 mois, avec un choix infini sur le motif et la couleur (et c’est vrai qu’au moins le chien, 17 ans plus tard, vous n’avez pas besoin de sacrifier toutes vos économies pour l’envoyer à l’université).

-La teinture intégrale, pour assortir au brushing vert fluo de la maîtresse.

-Les parures pour chien: barrettes, diam’s, noeuds-noeuds. Les mêmes justement que l’on colle sur son téléphone portable. La distinction entre les deux est décidément bien difficile.

Les tremblements de terre

mai 15, 2008

La semaine dernière, il y a eu un tremblement de terre, qui a eu lieu 2h après le précédent, qui avait eu lieu 24h après le précédent, qui lui-même avait eu lieu 3 jours après celui d’avant.

Il n’y avait pas eu de tremblements de terre entre septembre et mars, mais la nature s’est chargée de nous les rendre, intérêt et principal, histoire sans doute de faire les ultimes réglages pour celui en Chine deux jours plus tard (ou alors c’est le Grand Tremblement de Terre du Kantô, qui était en fait livré en 4 fois sans frais).

L’occasion de déplorer une nouvelle fois mon déménagement. Ah, le bâtiment d’avant… Du solide, ça vous aurait résisté à n’importe quoi. Ici, c’est la maison des trois petits cochons. A la moindre secousse, on entend le jeu dans les poutres, et toute la charpente est agitée de grondements sinistres.

Petite typographie des séismes

-Le mini-tremblement de terre: le temps de relever la tête, on se rend compte que c’est en fait l’Italien d’en-dessous qui a claqué la porte.

-Le tremblement de terre standard: dure entre 5 et 15 secondes. Ca paraît peu, mais on a quand même le temps de les compter. Toute la maison est agitée comme une attraction Disney, et puis ça se calme.

-Le tremblement de terre ouzbek (théorisé par S. Achouraliev): un sursaut brusque, suivi d’une vibration façon machine à laver.

-Le tremblement de terre-accouchement: dure des heures, de préférence en pleine nuit. On essaie de dormir, mais on est réveillé toutes les 10 mn par des contractions. C’est juste qu’elles ont lieu à l’extérieur.

-Le tremblement de terre idéal: survient en plein jour, dans un lieu public pas trop bondé qui fait moins de deux étages, et dont on connaît toutes les sorties de secours. Et puis non, en fait: ne survient pas, tout simplement.

“LA” conversation post-tremblement de terre

-”Oh là là, tu l’as senti?” (Japon, seul pays au monde où cette phrase n’a jamais, pas le moindre, mais alors aucun sous-entendu érotique).

-”Tu m’étonnes. A ton avis, c’était un combien?”

-”Je sais pas, je dirais un 5″ (il faut être pire qu’un gaijin pour dire “un séisme de 5 degrés sur l’échelle de Richter”).

-”Tu rigoles? Des 5, j’en ai déjà eu, c’était carrément plus fort”

-”Ouais enfin là, ça a quand même bien secoué.”

Et en manière de conclusion, cette petite chanson renouvelée d’Alfred Jarry:

Oyez, oyez, la charpente grincer

Sentez, sentez, les fondations trembler

Voyez, voyez, la maison s’écrouler

Hourra, corn’au derrière

C’est un tremblement d’terre.

 

L’âme soeur

mai 6, 2008

Ceci en réponse à tous les gens qui viennent sur mon blog chercher des Shibuyettes qui ne s’y trouvent pas.

Dès que j’écris sur Gmail à des amis japonais, ou vivant au Japon, je suis bombardée de publicités pour des sites de type “Japanese girls for dating”, “Asian girls want you”, etc…

Affligée de tant de sexisme, je ne puis que m’étonner qu’il n’existe pas le marché inverse, avec des sites destinés aux femmes occidentales comme “Japanese salarymen for dating” (on pourrait choisir “avec Mercedes” ou “avec stock options”).

Et puis un jour, là, dans le métro, la pub m’a sauté aux yeux: une agence matrimoniale proposant aux hommes japonais d’épouser des femmes étrangères. Enfin, enfin, l’égalité des chances, me dis-je. Et la preuve flagrante que oui, les Japonais peuvent trouver les gaijines romantiques ailleurs que dans le dernier Amélie Nothomb.

J’ai donc lu l’argumentaire, qui donnait à peu près ceci: “A l’heure actuelle de crise économique, pourquoi ne pas aller vivre dans un pays moins cher que le Japon? Nous vous proposons des femmes des Philippines, d’Indonésie, d’Ukraine, de Roumanie, etc… Toutes facilités pour le visa”.

Amis de la poésie, bonjour. Amies de la zone euro, au revoir.

Tiens un lecteur (2)

mai 6, 2008

Et même plusieurs, en fait.

La gestion du blog a été revue à neuf, avec une toute nouvelle fonction “statistiques”, qui me permet de voir (miroir, mon beau miroir) combien de fois le blog a été consulté.

Réponse scientifique: 3000 depuis sa création, avec un pic de 72 fois le 1er avril 2008.

Et là je m’interroge. Sachant qu’il n’y a qu’une toute petite dizaine de personnes de mon entourage qui sont au courant de l’existence de ce blog (et parlent une langue leur permettant de le lire…), je me dis qu’ils sont vraiment sympa d’y retourner comme ça 5 ou 6 fois par jour pour me donner l’impression que je suis la nouvelle Amélie Nothomb.

Ca, ou alors il y a vraiment des inconnus qui lisent. Terrifiant. Une femme comme il faut ne doit jamais écrire aux inconnus.

Les statistiques me permettent également de savoir comment les gens sont arrivés sur le blog, et quels articles ils ont consultés.

Le terme de recherche le plus employé est “meccha-kawaii” [trop mignon(ne)], et l’article le plus consulté est “Shibuyettes et Shinjukettes”. D’où conclusion qu’il y a un paquet de lecteurs qui arrivent ici en quête de chair fraîche et doivent être fortement déçus. Genre, y a même pas d’images.

Mais leur déception ne saurait être pire que celle des gens, certes moins nombreux, arrivés en tapant “Shôsôin”, et qui devaient s’attendre à une sublime présentation érudite, là où ils ont trouvé 3 propos vaguement cyniques à 0% de matière grise. Et le pire du pire: la chance pour qu’il y ait parmi eux des chercheurs des Langues O ou de l’EFEO avec un article à boucler ou une ultime vérification à faire.

Hors cercle familial, je compte très exactement 2 lecteurs identifiés:

-Silver, étudiant dans le Kansai, sur qui je dois toujours faire un post (mais je traîne, je traîne, le pauvre, il doit être rentré en France depuis longtemps).

-Encore plus exotique qu’un étudiant du Kansai (on a peine à croire, mais si, c’est possible) mon 2e lecteur est une poupée en plastique. Très jolie, d’ailleurs, quelqu’un de bien sous tous rapports, du nom de Tosaka Rin. Vous pouvez l’admirer ici:

http://www.asianalternative.com/catalog/product_info.php?products_id=21431

Elle serait en fait tirée d’un manga (pour ce que j’y connais…). Et là, quand même, c’est le top, quand même les personnages de fiction vous lisent, on atteint un point de mise en abyme du méta-blog qui donnerait presque le vertige.

Le cimetière marin

mai 3, 2008

Pour me rendre à mon cours de calligraphie du samedi, je dois traverser la baie de Tokyo. C’est un des moments que je préfère, et dès que le bus aborde la mince jetée, je me plonge toutes affaires cessantes dans la contemplation de la mer, la mer, toujours recommencée, où nous avançons minuscules au milieu de l’infini, jusqu’à ce qu’une mince bande de terre se profile à l’horizon.

C’est plus qu’une traversée, c’est un pont entre deux mondes. D’un côté le département de Tokyo, de l’autre celui de Chiba. D’un côté, Ôdaiba, la métropole du XXIIIe siècle telle que même Mamoru Oshii n’a pas osé la rêver. De l’autre, soudain, la campagne, les rizières et du vert partout.

Or justement, en ce côté ultérieur de la baie, j’eus la surprise il y a quelque temps de voir surgir dans l’eau de minces piquets à intervalles réguliers (mais qu’est-ce qui, dans ce pays, n’est pas à intervalles réguliers…). Chouette, me dis-je, mais sont-ce des moules ou des huîtres?

Ni l’un ni l’autre: ce que l’on cultive avec un soin si jaloux, c’est le béton. Avec raison, d’ailleurs, c’est encore ce qui pousse le mieux par ici. Il semblerait en effet qu’un projet urbain se mette en place de l’autre côté de la baie.

Il y a quelques semaines encore, les ouvriers allaient au travail en bateau. Aujourd’hui, j’en ai vu un s’avancer loin, loin, sans même mouiller le haut de ses bottes.

L’affaire est claire: les Japonais ont décidé d’appliquer à l’Océan Pacifique leur système pour vider les rizières.