L’organisation du bâtiment est à peu près la même que celle de la Cité U que je quitte: une chambre individuelle, avec cuisine et salle de bains communes.
Et pourtant, c’est un autre monde.
La Cité U était, à tout point de vue, un bâtiment conçu pour les études. Chaque chambre comportait ainsi un bureau réglementaire, de dimensions respectables, et muni d’innombrables tiroirs. Les salles communes comportaient par ailleurs une salle d’étude, bénédiction du chercheur qui pouvait y côtoyer ses frères de souffrance après une journée solitaire en bibliothèque. Ici, la minuscule tablette indique clairement que les gens ne se perdent pas en activité intellectuelle dans leur chambre.
Par conséquent, le public est différent. Je n’ai pas encore discuté avec tous les colocataires, mais il me semble d’ores et déjà qu’une majorité d’entre eux travaille. Cela me vaut, de leur part, un aperçu imprenable sur les entreprises japonaises, monde dont j’ignore pratiquement tout. Et cela leur vaut de la mienne une compassion sans bornes pour l’obligation où ils sont d’utiliser quotidiennement les formules de politesse.
Par public différent, il faut comprendre aussi une différence géographique. La dominante est très nettement européenne, plutôt que d’être marquée Asie-Pacifique. Bingo, il y a d’ailleurs deux autres Françaises. Sympa de surcroît, c’est à peine si j’ose y croire. L’élément le plus déroutant pour moi dans ce nouvel environnement est de pouvoir parler ma langue en rentrant à la maison. C’est la première fois en 18 mois.