La cité de l’épouvantable tri

Avec le printemps, les cartons fleurissent devant nos portes.

Chic, ça faisait longtemps.

C’est le moment de renouer avec les bonnes vieilles soirées tri. Moi qui suis arrivée avec le contenu d’une valise et d’un sac à dos, je constate avec stupéfaction que, malgré ma vigilance, mes possessions matérielles ont fait des petits en 18 mois.

J’envie aussi les vrais maîtres zen: ceux qui, au lieu d’accumuler sottement livres et notes de cours, ont passé tout leur séjour à faire la fête. Ces sages des temps modernes ont déjà fini leur baluchon depuis longtemps: il leur a suffi de 35 mn pour emballer leur maquillage (filles) ou leur console de jeux vidéo (garçons).

C’est aussi le moment de réaffronter la question philosophique: “Qu’est-ce que l’indispensable?”. Je me souviens encore de la torture du départ pour un an et demi avec 20 kgs de bagages réglementaires…

Dans le sens aller, nous avons considéré comme indispensable ce dont nous avions peur de manquer. Il y a les gens comme moi qui sont arrivés avec l’intégrale des tragédies de Racine (un jeu qui nous amusait beaucoup quand nous étions étudiants était celui du “quel livre emporter sur une île déserte?”. Quand il s’agit de décider le seul qu’on va pouvoir emporter sur une île surpeuplée, c’est soudain beaucoup moins drôle), et ceux qui sont arrivés avec leur matelas et leur batterie de cuisine au grand complet.

La règle immuable pour tous est que ce qu’on a emporté ne sert à rien alors que ce dont on aurait vraiment besoin est resté à la maison.

Dans le sens retour, l’indispensable inclut une quantité substantielle d’objets parfaitement inutiles mais chargés de valeur affective car estampillés “souvenir du Japon”.  

Et surtout, il reste l’éternelle Malédiction du Carton. Dans votre appartement de 180 m2, plein du sol au plafond d’objets inutiles, prenez en un, un seul, que vous mettez dans un carton scotché. Dans les 24h qui suivent, vous pouvez être sûr d’avoir un besoin exclusif et pressant de cet objet.

Une réponse vers «La cité de l’épouvantable tri»

  1. Jacques Tranier à dit:

    Ah, nostalgie, nostalgie: tout ceci me rappelle le retour définitif du Maroc en 1984. Cette fois-là, il ne s’agissait plus simplement de faire Casablanca - Newcastle-on-Tyne (pendant les vacances d’été) dans une 4L bourrée de trucs et machins (avec éventuellement une galerie), mais d’organiser un déménagement en règle.
    Ce furent des temps épiques, homériques, tout entier tendus vers le Quitus Fiscal, document magique octroyant aux coopérants le droit de regagner l’amère patrie, preuve tamponnée de leur intégrité financière ; devis auprès des déménageurs ; visite aux administrations diverses et ministères de même tonneau (l’eau, l’électricité, l’Education, la Défense) pour solde de tout compte, etc.
    Le charme de l’administration à la française (”voyez au guichet untel” multiplié par un coefficient toujours supérieur à un), mâtinée de … disons, d’improvisation dans le style méditerranéen.
    … et les CAR-TONS !! Y en avait des p’tits, des grands, des moyens, des avachis, des frais gaillards, des ficelés, des scotchés. Comme les gens, quoi.
    C’est vrai qu’on envie le moine bouddhiste : lui, quand il déménage (mais les moines bouddhistes déménagent-ils, en vertu du principe voulant que “ici ou ailleurs, vous savez…” ?), et bien il emporte son bol-à-mendier-la-bouffe, en gros.
    Comme dit la concierge que je n’ai pas, “Chassez le matéralisme, il revient au grelot”. On accumule, on accumule (les bêtises, les objets, les ans, des tas de trucs, quoi, et même bien plus encore).
    Allez, bon cartons quand même !
    Ce serait bien d’avoir ta nouvelle adresse, j’ai justement un envoi à faire, destiné à nourrir une partie des futurs cartons…

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