On pourrait se contenter de la bibliothèque de l’université, mais on n’y trouve pas tout, et puis, ça fait un peu petit joueur. Heureusement, il existe deux temples où le chercheur peut se recueillir suivant les rites ancestraux.
-La bibliothèque de Waseda. Pour y parvenir, le chemin est semé d’embûches. Déjà, il faut connaître l’itinéraire jusqu’à la bibliothèque. A ma première tentative, j’ai passé près d’1h30 à la chercher. Ensuite, même lorsqu’on connaît les lieux, il faut réussir à passer sans faiblir devant 3 cafés, un (le??) cinéma d’art et essai, et une dizaine de boutiques de vêtements / chaussures / sacs à mains. Les braves qui ont survécu doivent ensuite trouver les moyens d’entrer. La carte n’est concédée, avec la plus extrême réticence, qu’à quelques happy few qui doivent supplier, implorer, et se livrer sur la personne du responsable des inscriptions à des attouchements que rigoureusement ma mère m’a interdit de nommer ici. Une fois admis, c’est le paradis. Livres en libre accès, plans, catalogue accessible d’un clic, explications en anglais, on pourrait s’y retrouver en étant aveugle et sourd. Avec ça, une ambiance club so British avec les pas feutrés par la moquette épaisse, les baies vitrées, et surtout, la presse occidentale, manne absolue qui, certes, plombe un peu la productivité de la recherche… mais qu’importe, car lorsqu’on aura fini Libé on trouvera une demi-douzaine de documents ahurissants qui feront avancer la connaissance humaine.
-la bibliothèque de la Diète. C’est l’inverse. Elle est à deux pas du métro, et la carte pour la journée, renouvelable autant qu’on le souhaite, s’obtient en 5 mn au distributeur automatique. Sauf que gaijin qui entrez ici, laissez toute espérance. Les livres doivent être demandés au guichet, après des manipulations qui exigent un DEA en informatique et l’agrégation de japonais. En effet, la cote n’entre jamais dans les cases indiquées, et sitôt que vous cliquez sur “aide”, l’ordinateur vous vomit un plein écran de locutions fleuries à triple subordonnée déterminante qui n’aident que ceux qui savent s’aider.
Allez, on y va quand même, pour l’incroyable déco intouchée depuis 1972.