Assister à la messe de minuit est une chose que je voulais vraiment faire pour mon dernier Noël au Japon. Certes, je n’ai pas mis les pieds à l’église jusqu’ici, et je ne sais même pas vraiment où en trouver une, mais pas de problème, il suffit de se faire tuyauter par les Philippins, qui en général connaissent par coeur les horaires de services dans toutes les paroisses de l’agglomération de Tokyo.
L’un deux s’offre même charitablement à me chaperonner, et Hong Lan, ma voisine chinoise, se joint à nous. Arrivée sur place, stupéfaction, l’église est comble. On nous dirige vers une chapelle au sous-sol, en nous expliquant que dans la grande, nous n’aurons pas de places assises. Même dans la petite, il y a des gens debout, jusque dans le vestibule, mais nous parvenons à nous garantir trois précieux sièges.
La messe est en anglais, et je retrouve avec nostalgie les mêmes cantiques qu’à Oxford. J’en découvre d’autres aussi, que je n’ai jamais chantés et dont j’ignore parfaitement les paroles, mais dont je connais la mélodie par coeur parce qu’elle passe en boucle dans les grands magasins.
Ambiance multi-ethnique (jamais vu autant de gaijin de toutes les couleurs pendant mon séjour à Tokyo) et très familiale, le prêtre n’hésitant pas à interrompre le service pour interpeller ses ouailles: “Tiens, Herman n’est pas là aujourd’hui?”.
Nouvelle surprise à la quête: je suis une des rares radines à filer quelques pièces. Presque tous les autres ont mis un billet de 1000 (environ 6€). Je veux bien que nous sommes dans un quartier riche, mais même dans les églises du 7e arrondissement à Paris, on voit rarement pareille munificence.
Lors du baiser de paix, le prêtre précise: “Vous pouvez vous donner l’accolade, vous embrasser, tout ce que vous voulez. Enfin…avec modération…”
Mais le grand moment reste indiscutablement la communion.
Avant:
Alejandro à Laïli: “Tu reçois la communion?”
Laïli: “Je ne sais pas. Ca fait vraiment longtemps que je ne me suis pas confessée”.
Alejandro : “Ce n’est pas grave, tant que ta conscience est pure”.
Laïli: “Xmblnlsnbdrzjs”.
Disons qu’au cours des 10 minutes précédentes, je ne me souviens pas avoir commis une action grossièrement répréhensible. On va dire que ça passe.
Après:
Hong Lan: “C’est quoi, le truc que vous mangez?”
Laïli: “Un peu comme du pain”.
Hong Lan: “Et c’est bon?”
Laïli (qui n’avait jamais vu les choses sous cet angle gastronomique): “Euh, ben, ça n’a pas vraiment de goût”.