Archives pour août 2007

Le vélo est volé

août 31, 2007

Horreur, l’impensable est arrivé. En revenant du festival d’awa odori à Kôenji la semaine dernière, j’ai constaté que ma précieuse bicyclette avait disparu. Deux possibilités: le vol (même au Japon, ça arrive), ou plus vraisemblablement, une rafle de la police (je fais comme tout le monde, je me gare dans des endroits interdits où il y a 3 millions de vélos et personne ne dit rien jusqu’au jour où…).

Soyons honnête, la valeur marchande de l’engin n’est pas à la hauteur de sa valeur sentimentale, et une amende risque de me coûter plus cher que la bicyclette ne vaut. Sans compter que l’enregistrement n’est pas franchement en règle. Bref, je dois me résoudre à abandonner cette précieuse moitié de moi-même à son nouveau propriétaire, qu’il soit yakuza ou policier.

La question du remplacement est épineuse. Faut-il racheter un vélo neuf (plus rapide, plus simple, mais aussi plus cher), ou récupérer, comme c’était déjà le cas, le vélo de quelqu’un qui s’en va?

En attendant d’avoir résolu ce dilemme cornélien, c’est le supplice. Par un tour de prestidigitation dont JK Rowling ferait bien de s’inspirer, toutes les distances ont été multipliées par 3, et le campus a doublé de surface sans avertissement préalable. L’allée centrale s’étire, s’étire interminablement jusqu’à la bibliothèque, j’ai l’impression d’être sur un tapis roulant à contre-sens.

Et les bagages!! Jusqu’ici, hop, d’un simple geste dans le panier du vélo, mais maintenant, il faut tout porter à la main.

L’avantage, comme me le fait remarquer Miroku-sama, c’est qu’avec les 18 mois fermes que je vais récolter pour parking illégal+enregistrement pas en règle, je n’ai plus à me faire de souci pour la prolongation de la bourse, et en plus, génial, je vais avoir plein de temps pour faire de la recherche. Les copains ont promis de m’apporter des livres à la prison de Sugamo.

Le portable II

août 31, 2007

Un ami me fait judicieusement remarquer que si, à 3h du mat’, je suis encore en train de terminer des devoirs en retard, je ne devrais pas être en train de chatter avec mes potes par portable interposé.

Je sens que quelques précisions culturelles s’imposent. En fait, c’est justement à ça que sert le portable. Si vous attendez de ne plus avoir de devoirs à terminer à 3h du matin pour contacter vos amis, dès la 2e semaine du semestre, vous n’avez plus d’amis. Alors que là, par la magie du texto, vous pouvez rester en osmose avec vos frères de souffrance qui sont dans la même situation à 3 labos de chez vous.

En même temps, c’est vrai que “J’enpeuxplusj’enpeuxplusj’enpeuxplusjvaispasyarriver”, c’est un peu long à écrire quand on est à la bourre. Et c’est pour ça qu’un génie des relations humaines a inventé le petit bonhomme qui transpire. Un clic, et hop, vous n’êtes plus seul au fond de votre bagne.

La manoeuvre est tellement aisée que le vrai risque n’est pas la perte de temps mais plutôt, dans un moment d’égarement (quand on a l’esprit un peu embrumé sur le coup des 2h45), d’envoyer le petit bonhomme en question à son directeur plutôt qu’à sa voisine de palier.

Les dossiers de bourse

août 31, 2007

Après la rédaction du mémoire, voici venue la saison des dossiers de bourse. C’est presque pire. Il faut pondre des CV comme à l’usine et surtout avoir un calendrier et un budget de recherche sur une thèse dont on n’a pas encore écrit une ligne. Enfin si, j’ai trouvé une période très intéressante à étudier, c’est juste que les artistes représentatifs de cette époque ont en fait vécu à un autre moment.

Surtout, un bref tour sur le site des institutions concernées me révèle que les autres candidats sont, suivant les cas:

1) Des ingénieurs plasturgistes allemands, qui avaient obtenu le prix Nobel de chimie pour le compte de leur laboratoire avant même d’entamer leur thèse, et sont en relais talkie-walkie 24/7 avec leur directeur de recherche.

2) Des rats de bibliothèque français qui, après l’Ecole des Chartes, leur doctorat aux Langues O et 45 publications, se sont dit qu’ils feraient bien un break dans leur poste actuel au Collège de France pour aller sur le terrain.

Ce qui donne l’impression ô combien épanouissante d’être en train de jouer une partie d’échecs avec les yeux bandés, une main attachée dans le dos et exactement 3 pions.

Mais on y croit quand même, et très fort, parce que c’est ça ou Le Mans.

Tokyo au mois d’août

août 31, 2007

C’est presque aussi fabuleux que Paris à la même époque. D’abord, il y a la semaine d’O-bon, la seule avec le Nouvel An où le pays entier s’arrête (commerces exceptés, les affaires sont les affaires). Même après ça, on remarque une distincte baisse d’activité dans la fourmilière.

La bibliothèque de Waseda est désertée. Les savoureuses places près des fenêtres, d’habitude si convoitées, sont tellement vides qu’on a l’embarras du choix. Et en sortant, on trouve des tables libres au Starbucks. Même à 18h !!!

J’ai eu aussi pendant plusieurs semaines une bizarre impression, comme s’il manquait quelque chose dans le paysage. Puis j’ai compris: on ne voit plus d’écoliers en uniforme dans le métro.

Le portable

août 24, 2007

Le portable au Japon, c’est le cordon ombilical qui vous relie au monde. A tel point que, jouant un jour au jeu des portraits, j’ai assisté à la scène suivante:

-Alors voyons, c’est petit, rectangulaire, ça tient dans une poche et il y a des touches.

-Euh, non, je ne vois pas.

-Et quand on l’oublie, on est très embêté.

-Portable !!!!!!!!!

On reconnaît les garçons qui ont une copine japonaise à ce qu’ils ont des tas de breloques rose bonbon qui pendouillent à leur portable.

On reconnaît les filles qui sont amoureuses à ce qu’elles ont des gestes convulsifs pour consulter la messagerie toutes les 23 secondes.

La honte absolue est de ne pas avoir de message, surtout quand les autres en ont. C’est la mort sociale, le strict équivalent du tesson d’ostracisme dans la Grèce antique.

L’échange de profils par infra-rouge est en voie de remplacer rapidement l’échange de cartes de visite (dommage, mon téléphone n’a pas d’infra-rouge).

Le portable est le vrai miroir de l’âme. Toutes les infos cruciales qu’on ne voit jamais dans les blogs sont fidèlement enregistrées dans la mémoire des portables, vous pouvez en être sûrs.

Le portable sert de montre, de calendrier, de dictionnaire de kanji, d’appareil photo et de hochet pour adulte dans le métro quand on n’a pas la place d’ouvrir un livre.

En revanche, il ne sert que rarement à téléphoner, parce que le grand mode de communication, c’est le mail. Les courtisans de l’époque de Heian passaient des heures à réfléchir s’ils allaient orner leur missive aver une branche de saule ou de prunier. Leurs frères du 21e siècle n’en passent pas moins à choisir les symboles et motifs qui vont décorer leur message.

Mon portable en offre exactement 527, divisés en 9 catégories: “Face”, “Mood/Body”, “Critter/star”, “Food/drink”, “Nature/season”, “Fashion/play”, “Ride/Building/Map”, “Tool”, “Symbol”.

La catégorie “Food” est sans doute la plus pittoresque. On peut illustrer son message avec: un bol de ramen, un assiette de curry, des spaghettis, une pizza, un beignet de crevette, un rôti, un hamburger, des frites, du pain de mie, un oeuf au plat, des couverts, une marmite de sukiyaki, deux sushi, une brochette, un bentô, un bolde riz, un onigiri, un truc en spirale indéterminé, une chope de bière, un verre de vin, un martini, du sake, un cocktail, une tasse de thé vert, une tasse de café, une glace, 3 sortes de gâteaux, du chocolat, un bonbon, une sucette, un cookie, un beignet, un kibidango, une fraise, deux cerises, une tranche de pastèque, une pomme rouge, une pomme verte, une orange, un ananas, du raisin, une banane une pêche, un marron, une tomate, une aubergine, du maïs, une patate douce et un champignon.

Mais celle dont on se sert le plus souvent est la catégorie “Face”, qui permet d’exprimer les sentiments du locuteur sans faire 3 subordonnées. En gros, ce sont des Smiley Faces, sauf que comme dans Harry Potter, elles bougent. Le top des plus employées sont: les 4 sortes de petit bonhomme qui rit (très utile pour dire qu’on est content), le petit bonhomme qui cligne de l’oeil et le petit bonhomme qui tirent la langue (permettent d’indiquer que le message a un sens ironique), le petit bonhomme qui pleure à gros sanglots (indispensable après les examens), le petit bonhomme qui transpire (sert en été, et aussi quand on est en train de finir un devoir en retard à 3h du matin), le petit bonhomme qui bâille (quand le cours se passe de commentaire), le petit bonhomme qui écarquille les yeux en même temps que ses cheveux deviennent bleus (pour dire qu’on a peur), et toute une palette de petits bonshommes fâchés.

Bref, on se demande pourquoi on a encore besoin d’écrire avec des mots.

Etouffe-chrétien

août 24, 2007

Après le panneau “attention à la marche” …

Je déchiffre, sur un pot de jelly, l’avertissement suivant, rédigé avec grand luxe de kanji et sans la moindre traduction: “Attention à bien mastiquer, risque d’étouffement”.

Kyoto

août 20, 2007

A Kyoto, la plupart des souvenirs traditionnels (éventails, coupes à sake, socques en bois, jimbei, etc…) sont “Made in China”.

Retour à la bibli

août 19, 2007

Beuark.

Heureusement, il y a un nouveau bibliothécaire qui est meccha kawaii. J’ai soudain un besoin urgent des 14 volumes d’oeuvres complètes de Mori Arimasa. Un par un. Finalement, pas le 8. Par contre, je reconsulterais bien le 11. Oh, et puis non, plutôt le 12.

Avec le temps, va…

août 19, 2007

Je regarde les photos des soirées du mois de février, soit il y a six mois.

Il y a des gens que je voyais tous les jours et que je ne verrai plus jamais.

Il y a des gens que je fréquente quotidiennement et dont j’ignorais jusqu’à l’existence.

Il y a des gens qui étaient amis intimes et se haïssent maintenant du fond des tripes.

Il y a des gens qui s’étaient à peine adressé la parole trois fois et sont désormais frères de sang.

Il y a des gens qui étaient tout juste camarades et sont désormais en couple.

Il y a des gens qui étaient en couple et sont aujourd’hui séparés.

Il y a des gens qui n’étaient pas encore en couple et sont déjà séparés.

Bref, ici le temps passe beaucoup, beaucoup plus vite qu’ailleurs, et au bout de deux semestre, vous avez déjà l’impression d’être quelque vénérable septuagénaire comptant les divorces et les décès. Il ne manque plus que les petits-enfants, mais ça, même ici, ça prend en général un peu plus de six mois.

O-miai

août 17, 2007

Avant les vacances, le professeur H*** propose de m’inviter à dîner pour fêter ma soutenance. “Et puis tiens, en même temps, j’inviterai *** (étudiant de maîstrise)”. Je relis le blog de Marie, et là, je prends peur: ne s’agirait-il pas, comme dans son cas, d’un o-miai, ou entrevue préalable au mariage??? Quelques sous-entendus plus tard (“***, ça ne te dirait pas d’aller étudier en France?”, “Voyons, qui sera la prochaine mariée du séminaire? Laïli, peut-être? Tu choisis qui tu veux sauf le professeur I***”), le doute n’est plus permis.

Bon, dans le cas de ***, cela paraît assez mal parti, vu qu’il semble beaucoup plus intéressé par une étudiante de la fac d’Osaka. Mais si le prof lui ordonne le mariage, a-t-il le droit de refuser????? Inversement, un ami bien informé suggère que mes principes les plus sacrés (no cooking / no housework / no blow jobs) ne sont pas nécessairement tout à fait compatibles avec le mariage japonais. 

Mais, outre le fait qu’une prolongation de visa serait bienvenue, je viens de découvrir que les maris japonais étaient encore censés donner la totalité de leur salaire à leur femme, qui leur en rétrocède une partie pour leurs menus frais.

L’entrevue au sommet n’a pas encore eu lieu, mais le public est d’ores et déjà invité à voter par SMS:

Laïli vendra-t-elle son âme éternelle pour le maillot de bain de ses rêves (15500 yen) et le soulagement de ne plus jamais entendre la question “Quand est-ce que tu nous ramène un beau Japonais?”