Archives pour juillet 2007

Le ventilateur

juillet 28, 2007

La saison des pluies est terminée, l’été a vraiment commencé et la température explose. Du coup, histoire de limiter l’utilisation de l’air conditionné, je m’attelle aujourd’hui à la tâche qui consiste à monter le ventilateur que m’a généreusement laissé un prédécesseur. Avec mode d’emploi en VO.

Première constatation, c’est un objet japonais, donc conçu pour le travail d’équipe (1 personne qui tient les différentes pièces à visser, 2599 qui tournent l’immeuble) et par conséquent très difficile à monter soi-même.

Deuxième constatation: le montage demande pas mal d’efforts et de transpiration, moyennant quoi il faut mettre l’air conditionné à fond pour éviter l’infarctus. Donc je me demande si c’était un bon calcul.

Mais une fois le montage achevé, quelle fierté. Et puis, le ventilateur japonais est presque aussi sophistiqué que le parapluie, avec plein de boutons qui permettent de modifier la quantité d’air et le rythme d’oscillation ou de programmer la mise en route, ainsi qu’une télécommande dont mon seul regret est qu’elle ne permette pas également de sortir les cocktails du frigo.

Et je passe ainsi mon premier jour de vacances béatement allongée sur mon lit, à écouter le ronron de l’appareil en agitant les doigts de pied dans le courant d’air (le seul effort dont je sois encore capable). Si vous voulez savoir comment on a inventé la méditation zen…

Les risques du métier

juillet 28, 2007

Mon frère trouve que je suis bien chochotte de me plaindre que la calligraphie laisse des traces noires sous les ongles. Il a entièrement raison. J’ai croisé hier un copain chimiste qui a eu quelques problèmes avec ses expériences pendant les examens. J’ai l’impression qu’il ne lui reste plus vraiment de doigts sous les ongles.

Le stage de terrain

juillet 20, 2007

Le stage de terrain est la réponse du destin à l’insolente qui a trop hâtivement râlé que les voyages organisés japonais étaient décérébrés. 

Ici, pas question de glandouiller, on est là pour s’instruire. Donc, visite de 43 temples et douze musées dont il faut, pour chacun, réécrire la brochure touristique avant le voyage, puisque des pauses “exposés” sont prévues régulièrement.

J’ai passé trois jours de suite, la semaine précédant ma soutenance, à résumer frénétiquement des documents sur le Yakushi-ji de Nara. Puis toute une nuit dans le bus à apprendre le résultat par coeur phonétiquement (je suis le Mike Brant de la recherche). Pour découvrir au matin qu’on avait confié, sans me prévenir, le même exposé à deux autres étudiants — qui, eux, parlaient japonais. Inconvénient: tout ça pour ça… Avantage: j’ai été gracieusement dispensée de ma propre présentation, et donc de l’obligation subséquente de me faire seppuku.

Mais on en ressort avec l’impression d’avoir vraiment appris quelque chose, découvert des lieux peu accessibles et dépassé ses limites (ceci pour ma première visite de terrain, où il fallait être en tailleur et escarpins).

C’est surtout l’occasion de voir l’ambiance se détendre. Le dernier stage, à Nara, est un des très rares moments où j’ai eu de vraies conversations avec d’autres étudiants, et j’ai pu également faire mon baptême de la nomikai. Il s’agit d’un rituel japonais, qui veut que profs et étudiants aillent se murger la tête ensemble pour établir de meilleurs rapports. Dans les autres départements, ça arrive en général une fois par semaine, mais chez les calligraphes, que dalle.

Sauf que quand, après le 3e sake, il faut résumer sa recherche au bénéfice du professeur Machin de l’université de Truc, on comprend soudain pourquoi il ne circule d’habitude que du thé vert.

Comment dire “non” à la japonaise

juillet 20, 2007

C’est bien connu, les Japonais privilégient le consensus et ne disent jamais non directement. En y réfléchissant, en France aussi, passé l’âge de 3 ans, il est plus fréquent de dire “Je suis désolé(e), ça ne va pas être possible” que “Non, veux pas”.

 Voici quand même les règles de l’art pour dire “non” au Japon. Hypothèse: on vous invite à une soirée à laquelle vous n’avez pas du tout envie d’aller.

Stade un: “Hmmm, oui, ça a l’air très intéressant”.

[NB: pour dire non, on commence par dire oui. Mais pas trop vigoureusement, pour que l'interlocuteur n'ait pas l'impression que vous allez vraiment dire oui].

En général, les gens n’insistent pas, mais il y a des rustauds pour lesquels il est nécessaire de recourir au

Stade deux: “Ca va être difficile”.

Là c’est un non franc, massif et compréhensible par tous. Si néanmoins l’importun insiste, vous pouvez dégaîner la botte secrète:

Stade trois: “Désolée, mais je suis vraiment très occupée”.

Et ça, c’est un argument auquel personne ne réplique.

Flic, floc

juillet 14, 2007

Ca y est, la saison des pluies est arrivée. Le premier typhon a frappé Kyûshû et se dirige dans notre direction (mais ne nous vaut pour l’instant qu’une chute d’eau torrentielle). Pas de doute, c’est l’été.

The House of the Dead (vu du Japon)

juillet 14, 2007

Pour les gens comme moi, qui ne fument pas et ne pratiquent pas le kendô, jouer périodiquement à The House of the Dead est une des soupapes de sécurité indispensables face aux agressions de la vie japonaise (trajets aux heures de pointe, contact avec les bibliothécaires de Waseda, fin de mémoire, etc…). Mes amis en profitent d’ailleurs pour me rappeler que c’est un jeu, hein, pas un exercice d’entraînement.

Toutefois, mon expérience d’utilisatrice me permet d’adresser quelques conseils et recommandations aux auteurs de ce jeu, afin de les aider à élaborer une version plus ciblée à destination du public japonais.

-Les insectes qui grouillent partout: bien, trrrrrès bien. On dirait la cité U en été. En plus, ça nous fait de l’entraînement de devoir les viser.

-En revanche, la scène où James et Kate arrivent dans le métro hanté et s’exclament: “Ca alors, il n’y a personne!”, là, il va falloir revoir sérieusement tout ça, on veut bien croire aux zombies mais pas au métro vide.

Le retour pourri au Japon II

juillet 14, 2007

Non, allez, pas vraiment pourri: j’étais contente de rentrer, contente de revoir tout le monde, et tout le monde était content de me revoir mais…

Celui qui a inventé la soutenance obligatoire en juin devrait être immédiatement métamorphosé en étudiant dans une université japonaise.

Voici ce qui se produit quand vous revenez après 15 jours d’absence en plein milieu du semestre:

-Cours théoriques: c’est un peu comme Desperate Housewives, vous ratez un épisode et vous ne comprenez plus rien (déjà qu’avant…). 4 siècles ont passé, 35 nouveaux calligraphes sont apparus, que vous ignorez complètement, mais dont les autres étudiants maîtrisent les nom, prénoms, adresse et signe astrologique.

-Cours pratiques: bon courage quand vous n’avez pas touché un pinceau depuis deux semaines et que, la fatigue du décalage horaire aidant, les mains ne sont plus connectées au cerveau. En l’occurence, j’ai réussi à me renverser un encrier dessus. My teinturier is rich. Et heureusement que ce n’était pas un cours de gravure de sceau, ou je m’opérais de l’appendicite sans anesthésie.

-Cours de chinois: quand je suis partie, nous en étions à changer de l’argent à l’aéroport de Pékin (“S’il vous plait”, “Tenez”, “Voici”, “Merci”, “De rien”). Au retour, il faut pouvoir restituer par coeur les Entretiens de Confucius.

L’oeil était dans la tombe

juillet 7, 2007

Au Tama Reien, je cherche une tombe et m’adresse donc au gardien, qui s’enquiert courtoisement: “Il s’agit de quelqu’un de décédé?”. Non, non, ce serait juste pour essayer les derniers modèles de la saison.

Qu’est-ce que la calligraphie?

juillet 6, 2007

Pour mon directeur de recherche en France, la calligraphie est un système sémiotique qui peut être analysé avec profit selon les paradigmes définis par Julia Kristeva.

Pour moi c’est une activité qui oblige à se lever à 6h les samedis où on voudrait dormir,  consomme beaucoup de papier et laisse des traces noires disgracieuses sous les ongles.

La machine à laver

juillet 6, 2007

Pendant longtemps, j’ai considéré, comme Marie dans son blog, que la machine à laver était le trou noir de la technologie japonaise. Surtout quand j’ai vu des pubs qui vantaient — attention les yeux — les mérites d’une machine révolutionnaire avec le tambour qui BOUGE. Il faut être compréhensive, me suis-je dit, il ne peuvent pas réinventer le parapluie tous les jours.

Et puis, petit à petit, j’ai atteint l’éveil. Première étape de l’initiation: se défaire du préjugé occidental selon lequel le linge doit ressortir plus propre qu’il n’est entré. A partir de là, on comprend que la machine japonaise:

-vous fait gagner du temps (grâce à son cycle de 31 mn).

-vous simplifie la vie (plus besoin de trier les couleurs et les textiles, tout sera lavé à l’eau tiédasse et immanquablement rétréci. Par contre, l’expérience montre que les vêtements déteignent et boulochent finalement assez peu).

-vous évite la malédiction de la chaussette oubliée. En France, il suffit de lancer une machine pour se rendre compte qu’on a oublié soit une chaussette, soit le T-shirt-dont-on-a-absolument-besoin-pour-demain. Et là, impossible de revenir en arrière. Alors qu’au Japon, c’est tout simple, il suffit de soulever le couvercle de la lessiveuse électrique, et hop, l’oubli est réparé.

-surtout, en y réfléchissant, on comprend que les Japonais ont apporté au monde cette invention unique: la machine qui lave autour des taches.