Archives pour juin 2007

Méta-blogs

juin 7, 2007

J’adore lire les blogs des autres étudiants de la Cité U, lorsqu’ils sont rédigés dans des langues que j’arrive vaguement à comprendre.  Cela fait ressurgir des vieux souvenirs communs (“Ah, la soirée d’adieu d’Untel, j’avais complètement oublié”). Inversement, cela amène parfois à constater que des gens qui sont arrivés le même jour que vous et vivent depuis 8 mois à 2 étages de distance ont une expérience du Japon, et même de la Cité, complètement différente. Excellente occasion, au passage, pour profiter par procuration de toutes les soirées / sorties qu’on a ratées.

Les blogs sont parfois une source de révélations, dont la plus fréquente est de découvrir que deux personnes que vous avez toujours fréquentées séparément, et dont vous ne soupçonniez pas même qu’elles aient pu se croiser, se connaissent en fait très bien (avec le subséquent effort frénétique de mémoire pour vous assurer que vous n’avez rien dit de compromettant à l’une ou à l’autre).

Surtout, les blogs sont le vrai miroir de l’âme. Grâce à eux, vous découvrez que Machin, qui vous explique depuis 3 semaines que ces vains ornements et ces voiles lui pèsent, et qu’il est dé-bor-dé par sa recherche à en perdre le sommeil, vient de passer tout le week-end à se balader.

Et en même temps, soyons honnêtes, les choses vraiment importantes ne sont jamais, jamais dans les blogs. Elles font simplement partie du patrimoine culturel ambiant.

Salutations du matin, chagrin

juin 7, 2007

En cours, on nous l’a bien appris: le matin, on dit “ohayôgozaimasu” (litt. “Il est honorablement tôt”). Quand on croise les gens dans la journée, c’est “Konnichiwa” (litt. “C’est aujourd’hui [au cas où vous n'auriez pas remarqué]“), et le soir “Konbanwa” (litt. “C’est ce soir”).

Sauf qu’à l’université, je ne sais pas si c’est un effet de la vie étudiante, tout le monde dit ”ohayôgozaimasu” même à 21h30.

La déclaration

juin 6, 2007

Avant de partir, j’ai scrupuleusement signalé mon départ pour l’étranger à mon centre des impôts qui m’a répondu que tout le nécessaire serait fait pour mon transfert au centre des Français résidant à l’étranger. Bien entendu, il n’en a rien été.

Histoire d’économiser le timbre, le temps d’aller à la poste et le délai d’envoi, j’essaie de remplir ma déclaration sur internet, en complétant la section “déménagement en 2006″. Bien entendu, quand j’essaie de rentrer mon nouveau code postal à 7 chiffres, l’ordinateur se met à fumer.

Puisque le site a l’obligeance d’indiquer une adresse mail pour l’assistance, j’envoie un message pour signaler le problème, et je reçois dans un délai fort bref la réponse suivante:

 ”Pour sélectionner une adresse, il convient de sélectionner le département, puis la commune dans les menus déroulants.
[Note de l'auteur: ... qui indiquent tous bien sûr Tokyo et Koganei]

Indiquez un mot de l’adresse, par exemple pour “Rue Léon Gambetta” entrez “Gambetta”. Si le mot en question contient un caractère spécial (accent, cédille,tiret) ne pas l’indiquer

[Note de l'auteur: si le mot en question ne contient QUE des caractères spéciaux, comme par exemple 小金井市貫井北町, l'effet est-il le même que celui produit par le claquement d'une seule main?]

Si vraiment l’adresse ne figure pas dans nos tables (cas extrêmement rare) alors il faut qu’il dépose sa déclaration sur papier mais surtout il ne faut pas qu’il indique une adresse voisine ou fausse, car sa télédéclaration soit ne sera pas intégrée à la base, soit elle sera transmise à un autre centre des impôts.”

Un conseil: si vous devez absolument déménager à l’étranger, demandez en priorité la Suisse, le Cameroun ou le Vietnam, bref des endroits où vous avez encore vaguement une chance d’habiter rue Léon Gambetta. Sinon, c’est la prison pour fraude fiscale assurée.

Le voyage organisé

juin 3, 2007

Pour me détendre en fin de mémoire, j’ai décidé de participer au voyage organisé par le service des Relations Internationales. C’est important de comprendre, par une expérience personnelle, le principe interne qui régit les groupes de Japonais que l’on voit hanter les allées du château de Versailles.

Même si l’excursion est organisés pour les étudiants étrangers, elle offre une plongée directe dans le mode de voyage japonais. D’abord, le départ. La guide commence par un petit topo des lieux pittoresques que nous traverserons : “Nous allons prendre la nationale, puis nous emprunterons l’autoroute, mais avant ça, nous nous arrêterons à l’aire de repos de Yamamoto pour que vous puissiez aller aux toilettes. Surtout, allez bien aux toilettes à ce moment-là, parce qu’après, vous n’aurez plus la possibilité”.

Une fois en route, chacun doit se présenter (nom, pays d’origine, plus une petite phrase perso), ce qui est particulièrement indispensable comme nous habitons tous dans les mêmes cités U depuis 6 mois.  C’est le premier qui a le plus de mal, car lui incombe la lourde responsabilité de trouver quelque chose à dire. Après, les 39 personnes restantes répètent qu’elles aiment les sushi et qu’elles sont fatiguées parce qu’elles ont dû se lever tôt le matin. Ne nous plaignons pas, dans l’autre bus ils ont dû chanter en plus.

Le trajet dure 3h. La guide a l’impression que si elle se tait plus de 20 secondes, ça ne fait pas professionnel. Apparemment, si elle dit quelque chose d’intelligent, ça ne doit pas faire professionnel non plus. C’est là que le choc est le plus rude. Je viens de passer les deux dernières semaines enfermées 10h et plus par jour en bibliothèque, à pleurer sur des textes en chinois classique et à mesurer la portée exacte des conceptions esthétiques d’Okakura Tenshin dans le Japon de la fin de l’ère Meiji. Et là, sans transition, je suis propulsée dans un monde où, entre deux blagues Carambar et panégyriques descriptifs (“Là, il y a la route, et à gauche on voit la mer”), on prend 20 mn pour nous expliquer qui est Tokugawa Ieyasu – parce qu’avant, il faut expliquer “bakufu” et “époque d’Edo”.

Une fois sur le terrain, on évitera avec soin tout lieu vaguement culturel. Mais quand même, gentiment, on vous les signalera pour que vous soyez au courant de ce que vous ratez. Les visites se concentreront essentiellement sur des endroits où on peut acheter des souvenirs, particulièrement de l’artisanat local. Au département Japon des Langues O, on perd des points chaque fois qu’on emploie l’adjectif “traditionnel”. Après 3h entre les poteries et les sandales laquées, je comprends enfin pourquoi.

Je râle parce qu’en plus il pleut des cordes. Hong Lan, ma voisine chinoise, dit: “C’est joli, la pluie sur ce jardin. Ca donne une atmosphère”. Je me dis que je suis trop cynique pour mon propre bien.

Il reste le souvenir de la plage à Matsubara, sublime jusqu’au cliché avec ses pins sur fond de sable noir. On se prend à rêver  (oui, oui, la même personne que dans le paragraphe précédent) que l’on y marche seule avec son amoureux, au coucher du soleil, au son des violons d’André Rieu. Sauf qu’autour, il y a 78 autres personnes surexcitées, et la guide qui crie qu’il est l’heure de repartir.

Pourquoi le Japon est le paradis des gens surmenés

juin 3, 2007

-Parce que de toutes façons, tout le monde autour de vous bosse 25h par jour.

-Parce que ceux qui arrivent à en bosser 28 sont considérés comme des héros, et ont droit au respect et à l’estime de tous.

-Parce que la bibliothèque ne ferme qu’à 22h.

-Et qu’il y a des épiceries ouvertes toute la nuit.

-Et des nouilles instantanées / barquettes de sushi prêtes à consommer.

-Parce que quand je n’ai même plus le courage de verser l’eau chaude sur les nouilles, ma voisine chinoise m’invite à partager le repas qu’elle a passé tout l’après-midi à préparer.

-Parce qu’on a toutes les occasions de boire pour oublier.

Femme au bord de la crise de nerfs

juin 3, 2007

Devant mes yeux de lapin russe, le Pr H***, apitoyé, me dit de ne plus venir en cours tant que je n’ai pas terminé mon mémoire. Quand un Japonais vous dit ça, c’est le dernier pas avant la tombe… Je suis touchée de tant de sollicitude, mais soyons honnêtes, c’est un peu la honte. Ca veut dire que, contrairement à tous les gens qui m’entourent, je ne suis pas capable de dormir 3h par nuit pour boucler un projet en dehors des heures de cours/boulot. En plus, contrairement aux autres étudiants, je n’ai même pas l’excuse de devoir tenir ma caisse au supermarché du coin de 17h à 23h pour payer mes frais de scolarité.

Il n’existe qu’un terme en japonais pour désigner les gens comme ça. Gaijin.