Archives pour mai 2007

The final countdown

mai 25, 2007

Mémoire à poster d’ici une semaine dernierissime délai. Je suis entrée dans la quatrième dimension, qui est composée largement de nouilles instantanées, de nocturnes à la bibli (nouvelle expérience: comment retrouver son vélo la nuit? Ca doit être pour ça que mon activité actuelle s’appelle de la recherche…) et de méditation sur la supposée devise des étudiants de Keio: “Quatre heures de sommeil, ce n’est pas assez, mais cinq heures, c’est trop”.

Les affres du cyclisme

mai 21, 2007

En même temps que les joies du vélo, j’en découvre aussi les problèmes. Le premier qui se pose est: où se garer? A partir de 9h, le campus est hérissé de bicyclettes, entre lesquelles ont peut à peine glisser une feuille de papier à cigarettes, encore moins un deux-roues.

Vous me direz, le tout est d’arriver avant 9h. Certes, là, c’est le paradis, on n’a que l’embarras du choix. Mais cela n’ôte rien au 2e obstacle: comment retrouver le vélo? Il y a là un bon vieux problème de mémoire (une des multiples raisons pour lesquelles je n’ai jamais appris à conduire est la nécessité où cela me mettrait de racheter une voiture chaque fois que j’aurais dû me garer ailleurs que devant chez moi). Mais ce n’est pas tout. Mon vélo correspond à un modèle qui sort des chaînes à raison de quelques millions d’exemplaires quotidiens. Quand je sors de cours, j’ai le vertige devant les innombrables machines strictement identiques qui encombrent le parking, et que je dois scruter une à une avant d’y retrouver la mienne.

Vient ensuite la 3e épreuve: démouler le vélo. Et là, ceux qui sont arrivés avant 9h n’ont que ce qu’ils méritent. La bicyclette qu’ils avaient garée au milieu du désert de Gobi est étroitement imbriquée dans une demi-douzaine d’autres, moyennant quoi il faut une demi-heure pour démêler les guidons et faire un créneau pour sortir sans entraîner 3 roues arrière avec soi.

Malgré ces inconvénients notoires, je dois reconnaître que la bicyclette est une fabuleuse découverte pour les gens qui, comme moi, sont chroniquement à la bourre le matin. En partant à l’heure qui me mettait d’habitude 10 mn en retard, j’arrive, ô miracle, à temps. Et en plus le trajet à vélo fait sèche-cheveux.

Attention à la marche

mai 14, 2007

Je ne peux qu’admirer le foisonnement des panneaux de type “Attention à la marche”, “Sol glissant”, “Escalier vertigineux” ou “Précipice droit devant”, sans le moindre pictogramme ni la moindre traduction. Quiconque ne parle pas japonais est immédiatement puni par où il a péché.

Le deuxième semestre

mai 14, 2007

A la rentrée, la situation s’améliore nettement. Pour paraphraser Evelyn Waugh, on passe tout le 2e semestre à se débarrasser des amis qu’on s’est fait au 1er. Et à essayer de s’en faire d’autres. Mais les étudiants sourient, disent bonjour, engagent la conversation, et je suis invitée à pleins de cours intéressants.

C’est là que les choses se gâtent. Le 2e semestre, clairement, est celui de la misère intellectuelle. Les cours du premier semestre m’avaient paru difficiles, mais rétrospectivement, je me demande bien comment et pourquoi, car ceux d’aujourd’hui sont infiniment pires. Il y a, par exemple, le cours d’histoire de la calligraphie japonaise. Entre le 4e et le 8e siècle, toutes les oeuvres ont je ne sais pourquoi des noms particulièrement intordables. Avouez que quand l’une d’entre elle s’appelle Kannowanonanokokuônoin — pardon, 漢倭奴国王印–c’est quand même plus difficile à retenir que “La Joconde”.

Bref, le 2e semestre est partagé entre toutes les choses que l’on ignore (que se passait-il en Corée entre le 4e et le 8e siècle?), et toutes celles que l’on devrait savoir par coeur depuis la fin de sa 1re année aux Langues O, mais qui vous échappent diaboliquement dès qu’on vous pose la question (qui a mis fin au shogunat de Kamakura? A quel temple appartient le Shôsôin?).

 Sans même parler du mémoire, que je devrais être en train de rédiger à l’heure où j’écris ces lignes…

Le deuxième sexe

mai 12, 2007

La boursière qui arrive au Japon est immédiatement confrontée à l’injustice de la vie. Ses collègues masculins, à peine posé le pied sur le territoire, sont des stars. Les professeurs leur tapent dans le dos, les Japonaises se pâment à leurs pieds (la Japonaise ne demande en général aux hommes que deux choses, en plus d’une Mercedes: être grands et avoir les yeux bleus. C’est un miracle que ce peuple ait réussi à se perpétuer jusqu’à maintenant…).

Pour les femmes, c’est beaucoup moins drôle. La femme japonaise est le deuxième sexe, la femme occidentale n’existe pas, la femme occidentale qui fait de la calligraphie a un coefficient d’existence négatif.

Du coup, je me surprends à faire des choses dont, en digne fille des seventies et ancienne lectrice à l’université de Sussex, je rougis jusqu’à la racine des cheveux. Comme de m’arranger pour aller à un rendez-vous professionnel accompagnée d’un professeur masculin, parce que ça fait plus sérieux.

Heureusement que j’ai trouvé aide, réconfort et féminisme roboratif sur le site suivant:

http://www.liberation.fr/actualite/societe/246585.FR.php

Pas forcément très nuancé, mais qu’est-ce que ça fait du bien !!

Le baptême du vélo

mai 12, 2007

J’ai aujourd’hui enfin inauguré le fameux vélo. Première constatation, le vélo au Japon est à peine moins technique que le parapluie. Il a d’abord fallu baisser la selle, ce qui s’est avéré doublement difficile. D’un point de vue psychologique, quand une Japonaise vous passe son vélo et que vous devez baisser la selle, ce n’est pas évident à gérer. D’un point de vue technique, la manoeuvre demande un DESS en Génie Mécanique. L’autre chose est que les vélos japonais comportent toutes sortes de sécurités diverses qu’il faut 6 mois pour comprendre et 12 pour enlever.

Ce n’est que la première épreuve. Car après vient le trajet à vélo proprement dit. Un baptême du vélo le samedi midi en centre-ville de Koganei vous donne immédiatement toutes les qualifications pour devenir chauffeur de taxi à Manille. Au Japon, les cyclistes partagent le trottoir avec les piétons, ce qui est certes moins dangereux qu’en France, mais conduit à une impitoyable lutte des classes, car l’honneur du piéton japonais lui interdit de perdre la face en déviant sa route d’un millimètre pour un stupide vélo. Il y a ensuite les autres cyclistes. Les autochtones font mon admiration à la fois par tout ce qu’ils arrivent à empiler sur leur vélo (les courses dans le panier devant, un gamin sur les genoux et une copine sur le porte-bagages), et par la témérité de leur conduite. Miroku-sama, devant ces bolides lancés à tombeau ouvert qui frôlent le passant d’un millimètre sans jamais le renverser, fit un jour judicieusement remarquer: “On se demande comment ces gens-là ont perdu la 2e Guerre Mondiale”. Bref, rouler à vélo dans le centre ville réclame une attention de tous les instants, et se révèle davantage une source d’infarctus qu’une balade de santé.

N’empêche, me voilà enfin devenue une fière Amazone, et même mieux, un être humain normal (ici, quelqu’un qui n’a pas de vélo, c’est un peu comme quelqu’un en fauteuil roulant chez nous). Et je commence déjà à raisonner comme les autochtones, qui prennent leur vélo même s’ils n’ont que la rue à traverser: d’accord, tout ici est dans un rayon de 10 mn à pied, mais quand on peut les faire en 3…

Le premier semestre (si vous avez manqué le début)

mai 7, 2007

Le premier semestre est celui de la misère sociale, d’autant plus douloureuse à supporter que les autres étudiants ont tous l’air d’être traités comme des princes. Au département d’histoire, la moitié du TD vient d’Heidelberg, ils passent leurs vendredis soirs en beuveries dont ils émergent en général le mardi matin. Au département de langue japonaise, où j’ai suivi un séminaire, les étrangers sont accueillis avec vahinés et colliers de fleurs. En calligraphie par contre, le “t’as signé c’est pour en chier” règne en maître absolu.

Pendant les 2 premiers mois, quarantaine. Vous entrez dans la pièce, les gens continuent à parler comme si vous n’existiez pas. Vous dites bonjour, personne ne répond. Et ainsi de suite. Mais si au bout de deux mois vous êtes encore là, et que vous avez réussi à attraper un pinceau par le bon bout, l’ambiance se détend, des conversations s’engagent, les profs proposent leur aide. Bref, miracle, vous êtes un être humain quoique étranger. Et, en fin de semestre, la récompense suprême: pendant une journée d’études, un prof signale qu’ily a au département une étudiante venue de France. Arrêt sur image. Toutes les têtes se tournent vers moi comme si j’étais Catherine Deneuve. C’est la seule fois de ma vie où j’ai brillé dans un colloque sans avoir à ouvrir la bouche (et le premier qui remarque qu’il y a sans doute des fois où j’aurais effectivement davantage brillé si ça avait été le cas s’en prend une).

A vrai dire, je ne saurais faire grief à mon entourage de son attitude. Je ne vois pas trop de quoi nous aurions pu parler étant donné que j’ignorais tout ce que les autres savaient depuis leurs 5 ans, ni comment, vu ce que donnait mon japonais. Car avouons-le, le premier semestre est aussi celui de la misère calligraphique. Souvenons-nous de cette blague à deux balles qui dit que Beethoven était tellement sourd que toute sa vie, il a cru qu’il faisait de la peinture. Et bien toute ma vie, j’ai été tellement aveugle que j’ai cru faire de la calligraphie, mais en arrivant au Japon, j’ai brusquement compris que ce n’était pas le cas.

(A suivre)

Voter au Japon III

mai 6, 2007

Hier = deuxième tour des élections. L’ambiance est toujours très “salut-tu-vas-bien”, mais les parents se la jouent beaucoup moins qu’il y a 15 jours. Il pleut des cordes, les gamins en ont très vite marre, et moi j’en ai très vite marre des gamins. Surtout quand ils s’appellent Sixtine, Ferdinand ou Cyprien.

A ce propos, je voudrais dire au jeune couple derrière moi que, oui, on peut tout à fait prénommer sa fille Philippine (un peu snob, mais bon, il n’ont pas une tête à avoir voté Laguiller); en revanche, “Pine” comme diminutif, il vaudra mieux arrêter quand elle ira à l’école.

Les cours de chinois

mai 1, 2007

Je découvre en ce moment les cours de chinois, indispensables à la formation de tout apprenti calligraphe.

En japonais, on passe les 15 premières années à apprendre à écrire. En chinois, on passe les 15 premières années à maîtriser les 38 sortes de voyelles, multipliées par quatre à cause des tons (après, il faut encore 15 ans pour apprendre à écrire, mais ceci est une autre histoire).

 Ceci dit, j’adore le chinois, qui sonne l’heure radieuse de la revanche sur les étudiants coréens. Parce que quand il s’agit de prononcer un “f” ou un “ou”, ils font carrément moins les malins qu’au test de japonais en début de semestre, c’est moi qui vous le dit.