J’ai fait il y a peu mon baptême du sauna (dans un des rares qui acceptent les femmes). Cette institution, constituée d’un bain public et de dortoirs adjacents, était pour moi auréolée d’un charme vénéneux, quelque part entre la fumerie d’opium et la boîte gay.
Brisons le mythe: l’expérience se situe davantage entre la colonie de vacances et le bus de nuit. D’autant que si les hommes et les femmes sont bien séparés, personne n’a eu l’idée d’enfermer les fumeurs dans un cagibi étanche. Bref, l’orgie qui changera le cours de mon existence sera pour une autre fois.
J’en ai quand même profité pour découvrir un plaisir inconnu de la vie au Japon: le bain de minuit (sans avoir à reprendre le métro après), et celui du matin, avec la vue imprenable sur l’étang de Shinobazu dans le soleil printanier.
Ce fut surtout l’occasion d’admirer la supériorité des Japonaises sur leurs faibles soeurs occidentales. Elles peuvent dormir avec la télé allumée, la lumière allumée, la clope allumée et, à partir de 5h30 du matin, le jour allumé, sans que cela trouble en rien la qualité de leur sommeil.
Le lendemain matin, en allant prendre mon petit déjeuner au McDo du coin (le sauna ne sert que des repas japonais, et le riz/thé vert/poisson fumé au saut du lit, j’ai encore un peu de mal), j’ai eu la vision mémorable des ouvriers, sur le chantier d’en face, en train de faire leur échauffement. Tous ces robustes gaillards, casqués et sanglés dans leur bleu de travail, enchaînaient avec un sérieux imperturbable les mouvements de type Véronique et Davina, pendant que je méditais la chorégraphie de ma prochaine comédie musicale, intitulée East Side Story.