Comme, au début de mon séjour, la terre tremblait encore souvent, j’ai installé, sur les conseils de l’irremplaçable Evelyne, un programme appelé 緊急地震速報, qui doit m’alerter en cas de tremblement de terre.
D’un point de vue technique, c’est impressionnant: dès qu’il y a un tremblement de terre, n’importe où dans le pays, une petite fenêtre apparaît sur mon écran, m’indiquant le lieu et la magnitude. Si c’est à côté de chez moi, j’ai quelques secondes pour me mettre à l’abri.
D’un point de vue pratique, l’invention est un chouia moins convainquante. Voici en général ce qui se passe: je reçois toutes les dix minutes des alertes m’indiquant des tremblements de terre à l’autre bout du pays, qui n’ont aucune incidence chez nous; après quoi j’éteins l’ordinateur, car il est l’heure d’aller se coucher. Et là, dans l’instant, il y a un tremblement de terre à Tôkyô, dont je ne suis bien sûr pas avertie.
Plus qu’une utilité pratique, l’invention a, d’après mes conclusions, une fonction mémorielle. Quand je regarde où se produisent les tremblements de terre, c’est 9 fois sur 10 dans la zone déjà affectée par le tsunami. C’est comme s’il y avait, à chaque fois, une minute de silence pour nous rappeler que, à l’heure où les malheureux ont déjà quitté la première page des journaux, chassés par la Libye et le raid contre Ben Laden, ils sont donc encore secoués tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, par un tremblement de terre de magnitude 4.
En plus, le monde ferait bien de ne pas détourner les yeux trop vite. Car quand je vois à quel point il est déjà délicat de reboucher une fissure dans un bête mur qui ne bouge même pas, je me dis qu’à Fukushima, ils ont encore du pain sur la planche.