Je progresse…

mai 21, 2009 by adilor

… en gravure des sceaux.

Non sur la qualité de la gravure elle-même, loin s’en faut.

Mais je constate que j’arrive désormais à rester à peu près polie jusqu’à la fin de l’exercice, alors qu’il y a un an encore, tous ceux qui étaient dans la même pièce que moi avaient une occasion irremplaçable d’apprendre un chapelet de jurons français.

Une hirondelle a fait le printemps

mai 8, 2009 by adilor

Le mois de mars, c’est le kairos de l’année. Le moment où, timidement, occasionnellement, on commence à se dire qu’il fait meilleur être en France qu’au Japon.

Au Japon, le beau temps hivernal se délite en averses printanières.

En France, les jours rallongent, le soleil se fait plus insistant.

Le Japon tente bien une dernière sortie avec les cerisiers en fleurs (là, c’est vrai qu’il est difficile de ne pas regretter le Pays du Soleil Levant), mais dès le mois de mai, précurseur des pluies de printemps, la cause est entendue…jusqu’en octobre.

La photo du karaoke

mars 8, 2009 by adilor

Une âme charitable m’envoie, récupérée sur internet, une photo de moi au karaoke. Horresco referens, me voilà perdue d’honneur et de réputation, auprès de tous ceux à qui j’avais crânement affirmé avoir passé 21 mois à la bibliothèque de Waseda. Passé ce premier réflexe, viennent les interrogations, comme au Cluedo.

QUI??? Qui a osé poster ça alors que ça fait des mois que j’achète à prix d’or le silence de mes amis?

OU?? Ca en revanche, c’est vite vu. Kokubunji. Non que je ne sois pas allée au karaoke ailleurs, de Shikoku à Aomori, mais pour qu’il y ait des photos, ça ne peut être que Kokubunji. Une toute petite possibilité à Ôsaka, mais guère.

QUOI? Je ne peux pas m’empêcher de me demander ce que j’étais en train de chanter avec tant d’enthousiasme. Une chose est sûre: une chanson ridicule. C’est rare qu’on interprète le “Cantique de Jean Racine” au karaoke. Pour le reste, procédons par déduction. Je suis toute seule sur la photo, donc le pire est évité: ça ne peut pas être “Umi yukaba”, il me fallait toujours quelqu’un pour souffler la suite de la mélodie. Je suis debout sur la banquette, donc ça ne peut pas être une de ces petites bluettes kawaii, type “Sakura, Sakura”, que l’on chante pour se mettre en voix en début de soirée. Une franchouillardises des années 80? Il y a d’assez bonnes chances. Car le karaoke est un vrai sanctuaire de la mémoire, qui, pour le patrimoine français, recèle des chansons que l’on ne trouve plus que là (et quelque part dans les archives de l’Inathèque). Comme “Joe le taxi”, et que l’on me permette de dire ici ma stupéfaction de constater le nombre de gens, venus parfois du bout du monde, qui connaissaient cette chanson. De plus, si en France personne n’oserait jamais avouer qu’il connaît une pareille kitscherie, son interprétation au Japon suscite toujours des pâmoisons dans le public (”Oh, tu arrives à chanter en français?? Mais comment tu fais pour lire les paroles si vite?”).

Et puis finalement, je préfère ne pas savoir de quelle séance exacte il s’agit, je préfère imaginer. En répondant à la dernière question

QUAND? C’est le dernier karaoke avec mes amis de la cité U. Nous avons passé 18 mois ensemble, dans quelques jours, nous allons nous quitter pour, dans bien des cas, ne jamais nous revoir, comme les trois Indiens de The Moonstone.  Et là, je suis debout, en train de chanter “The Final Countdown”: “We’re leaving together / But still it’s farewell / And maybe we’ll come back / To earth who can tell…”. En me disant que demain est une autre vie.

Comment lire l’avenir dans le passé (2)

mars 8, 2009 by adilor

Finalement, point n’est besoin du blog pour lire l’avenir dans le passé. En effet, l’avenir du chercheur, c’est un peu le mythe de l’éternel retour. Que faisais-je en mars 2008? J’assistais à un colloque en japonais. Que fais-je en mars 2009? Je participe à un colloque en japonais.

Je tire quand même deux enseignements de la comparaison:

-d’une part, le pingre destin ne m’a accordé qu’une seule des 250 années que je réclamais avant de prendre part à une telle manifestation.

-d’autre part, je n’aurais jamais dû noter aussi précisément les questions posées.

Il y a des fois où il faudrait pouvoir ignorer son avenir jusqu’à ce qu’il soit devenu du passé…

E.T. rentrer Japon

mars 7, 2009 by adilor

Je remplis en ce moment la paperasse visant à financer, dans le meilleur des mondes, une partie de mon prochain séjour à Tôkyô.

Dans la catégorie “transports”, on peut cocher au choix: avion, train, autocar, taxi.

Pour moi, c’est décidé, ce sera le taxi. C’est un peu cher, certes, mais tellement plus pratique pour les bagages.

Comment lire l’avenir dans le passé

janvier 31, 2009 by adilor

Le blog, c’est l’anti-horoscope.

A la date d’aujourd’hui (février 2009), l’horoscope permet de savoir ce qui vous arrivera l’année prochaine en février 2010.

Le blog, lui, permet en 2 clics et un coup d’oeil de savoir ce que vous avez fait, dit et pensé en février 2008.

Japoglais et franponais

janvier 31, 2009 by adilor

Le franponais, si bien conceptualisé par mon collègue Yatto, c’est cette illusion linguistique qui fait croire aux Japonais que “Cucu”, “Cocue” ou “Colocue” sont des noms de marque top tendance à la dernière mode des Champs-Elysées.

Le japoglais, c’est l’équivalent infligé à la langue de Shakespeare. Il m’a fallu des mois pour comprendre que si le quai du train s’appelait “hômu”, c’était en fait l’abréviation de “platform”. De même, le sens du mot “iyahônu” m’a longtemps échappé, jusqu’à ce que je comprenne qu’il s’agissait d’ “earphone”.

Mais surtout, j’ai le souvenir d’un dîner entre étudiants à notre familess préféré (non, le familess n’est pas un roman d’Hector Malot, mais l’abréviation de ‘family restaurant’), lequel proposait une formule de boisson à volonté qui s’appelait ‘Drink bar’. Je demande donc: “Et avec le menu, je prendrai le drink bar”. Regard d’incompréhension totale de la serveuse. Zut, me dis-je, j’ai fait trop british, et je m’applique donc à reprendre à la japonaise: “Je prendrai le dorinkuba”. Elle ne comprend toujours pas. Je m’obstine, je tâtonne: “Dorinkubâ? Dôrinkuba? Dôrinkubâ? Durinkubâ?”. Devant le désarroi de la malheureuse, un de mes camarades japonais me tire d’embarras: “Elle voudrait simplement le dorinkubâ”. Ca a été radical, la serveuse a compris et s’est exécutée dans l’instant. Mais moi, j’ignore encore à ce jour le mystérieux secret d’intonation — imperceptible sans doute à l’oreille occidentale — qui a distingué sa prononciation de la mienne et déclenché l’opération du “Sésame, sers-moi à boire”.

Yoshimura Yôko (2): la soirée

janvier 31, 2009 by adilor

 Il y a un autre point que j’ai trouvé fabuleux dans 『激しく家庭的なフランス人/愛し足りない日本人』, c’est l’évocation des soirées. Pour résumer grossièrement la pensée de l’auteur, elle explique que les Japonaises stressent trop sur les tâches ménagères. Les Françaises, au contraire, décrètent sur le coup des 19h que les corvées peuvent attendre, et se lovent sur le canapé à côté de leur chéri pour un apéritif en amoureux.

Non, la Française ne rentre pas du boulot à 19h, éreintée de s’être accrochée avec son patron, pour superviser au pas de charge les devoirs, le bain et le dîner des enfants, tout en balançant à son mari: “Tu as encore oublié de passer prendre le pain, mais combien de fois faudra-t-il que je te le répète?”. Noooooooooooooooon.

On se demande bien pourquoi tous les Occidentaux sont si pressés de se trouver des copines japonaises, tiens.

Yoshimura Yôko (1): le marché

janvier 31, 2009 by adilor

Il y a quelqu’un que j’adore encore plus que Nakamura Eriko, c’est Yoshimura Yôko. J’ai dévoré 『激しく家庭的なフランス人/愛し足りない日本人』, avec plus d’enthousiasme encore 『お金がなくても平気なフランス人/お金があっても不安な日本人』 — livre que je me suis malheureusement fait voler avant de l’avoir terminé. J’en suis inconsolable, mais j’espère que sa nouvelle lectrice en aura profité autant que moi.

Il y aurait, il y aura, j’imagine, maints post à écrire sur ces ouvrages, mais commençons par un point qui me réjouit entre tous, c’est l’évocation du marché.

Dans les livres de Yoshimura Yôko, les Français ne font pas leurs courses à Carrefour, ils vont au marché avec leurs enfants. Ils achètent pleins de produits frais et savoureux, puis ils prennent le temps de les cuisiner en famille, avant de faire un bon repas du dimanche (sans oublier de préparer les plats pour la semaine).

Dans les marchés de Yoshimura Yôko:

-Il ne pleut jamais.

-Les maraîchers ne vous arnaquent pas en vous collant 3 tomates pourries sous les deux mûres à point.

-Les enfants ne font pas de caprice, et en rentrant, ils aident leurs parents à ranger les courses.

-Il n’y a jamais de bousculade.

-Le panier n’est jamais trop lourd, les sacs plastiques ne cisaillent pas les doigts, et le sac papier ne craque jamais (répandant ses 78 cerises sur la chaussée).

-Le marché est juste à côté de la maison, pas à l’autre bout du quartier ou de la ville.

Moi, je ne vais pas au marché. Je vais chercher, à l’épicerie la plus proche, des légumes surgelés qui sortent de leur sac fraîcheur déjà lavés, épluchés, tranchés.  Parce qu’ainsi, je gagne un temps précieux qui me permet, sitôt la corvée de cuisine expédiée, d’aller me vautrer sur le canapé pour lire les fabuleuses descriptions de marché de Yoshimura Yôko.

La répartition des tâches

janvier 31, 2009 by adilor

Situation de base: soit un couple qui prépare et prend son dîner.

France: la femme sort du réfrigérateur de la viande et des légumes. Elle fait revenir le tout à la poêle. Temps de préparation: 15 mn. Vaisselle: 2 assiettes et 2 couverts. Répartition: son mari met la table et essuie la vaisselle.

Japon: la femme sort du réfrigérateur de la viande et des légumes. Elle les fait bouillir, braiser, sauter, revenir selon les cas, et les dispose dans des petits bols différents pour accompagner le riz. Temps de préparation: 2h. Vaisselle: 3 poêles et 18 bols. Répartition: si elle a de la chance, son mari pense à jeter son cure-dents avant de sortir de table.